LIVRES CULTES.
Le Tour des Livres.
Certains éditeurs ont la bonne idée de rééditer des ouvrages disparus et importants. Ainsi, les éditions Récamier viennent de ressortir « La Librairie hantée » de Christopher Morley, paru en 1919. Faisant suite à « La Librairie ambulante », l’auteur raconte l’histoire de Roger et Helen Mifflin qui ouvrent, à Brooklyn, un magasin de livres d’occasion. Ce véritable bréviaire du libraire, où le héros prend son métier comme un sacerdoce, est présenté en dehors de toutes règles économiques. Roger est un médecin de l’âme et prescrit les ouvrages comme des médicaments. Il propose LE livre qui convient à chacun, sans aucun jugement intellectuel. Il parle de son empathie pour le genre humain, ouvre son magasin le soir, dit sa frustration de ne pouvoir tout lire. Le lieu est un temple au charme discret, que vient troubler la jeune Titania, apprentie libraire. « Chaque librairie, qu’elle soit vaste ou modeste, recèle des trésors que nous n’avons jamais explorés : des ouvrages porteurs de messages d’une beauté ou d’une profondeur insoupçonnées … Dans le magasin où vous avez trouvé ce livre, une ambition claire anime chaque rayon : partager la richesse des livres, mieux les comprendre et révéler tout ce qu’ils peuvent offrir … Nous avons l’ouvrage qu’il vous faut, même si vous ignorez encore que vous en avez besoin. » Un livre à lire par ces temps de crise.
Avec sa collection Pavillons, Robert Laffont excelle dans cet art de la redécouverte. « Les Fiancés » de la Suédoise Gun-Britt Sunström, paru en 1976, est un « jeux de l’amour et du hasard » à la mode hippie. Gustav aime Martina, il veut l’épouser, avoir des enfants avec elle. Martina, la narratrice, ne croit pas au Grand Amour ; elle prétend rester libre. Mais elle sent bien toutes les contradictions qu’il y a en elle, tous les désirs, malgré les discours féministes. Dans ce milieu d’étudiants et d’intellectuels, à Stockholm, on discute beaucoup, on débat avec humour. L’histoire fait penser à du Woody Allen revisité par Bergman (Ingmar, pas Ingrid). Malgré sa volonté de liberté, Martina découvre la difficulté d’être sans mari, quand toutes les autres fondent une famille. Elle expérimente aussi la différence de désirs sexuels entre Gustav et elle. Elle ne cache pas une certaine peur des hommes « qui ont de si grandes mains » (comme le grand méchant loup). Ils se séparent, se réconcilient. L’ouvrage développe toute une philosophie de l’amour et commence par une citation de Kierkegaard sur les regrets.
Chez le même éditeur, un petit chef d’œuvre oublié « Adieux » du journaliste allemand Sebastian Haffner rédigé en 1932. Raimund, le narrateur, vit à Paris au début des années 30, dans un milieu d’artistes et d’étudiants. Il aime la jeune Teddy, mais doit la quitter pour retourner à Berlin. Le temps n’est pas suspendu, mais incohérent, son retour, avec l’arrivée du nazisme, prendra la couleur de l’exil.
Toujours chez Robert Laffont, nous retrouvons « La leçon d’Allemand » roman culte de Siegfried Lenz, paru en 1978. Siggi, incarcéré sur une ile, près de Hambourg pour avoir refusé de rendre un travail sur le devoir, se remémore son père qui, en 1943, a emprisonné un ami juif pour obéir aux ordres. Dans la même collection, du même auteur, on pourra lire « Le bateau-feu » et « Une minute de silence. »
Jean-Luc Aubarbier.



Lire au château, 7 juin 2026. Article suivant