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by • 17 avril 2026 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor sarladais du 17 avril 2026.39

Essor sarladais du 17 avril 2026.

ESSAIS TRANSFORMES.

Le Tour des Livres.

     Pascal Bruckner aurait pu intituler son ouvrage « De mère inconnue », paru chez Grasset, « autobiographie avec mère ». En effet, il nous raconte comment il s’est construit, entre un père violent et tyrannique, admirateur du nazisme, et une mère dépressive et néanmoins castratrice. Sans le vouloir, elle se venge sur son fils de la brutalité de son mari. Mais l’enfant unique est toujours le vampire de sa mère. Leur relation est ambivalente.  Avec un style humoristique et grinçant, il décrit la dictature des gestes maternels, la réduction à un éternel mineur sans cesse déprécié. Une mère qui déteste les hommes ne peut que vouloir faire de son fils un eunuque, l’empêcher de s’épanouir en écartant tout ce qui porte une jupe. Du traditionnel voyage scolaire en Angleterre, elle redoute surtout les petites Anglaises. Au fil de ses recherches, Bruckner en apprend de belles sur ses parents. Catholique portant un nom juif, il découvre leur antisémitisme et le goût de l’Allemagne qui les réunit sous l’Occupation. Hypocondriaque, il aurait pu sombrer, mais il sera sauvé par les livres. Parfois, il vaut mieux lire sa vie que de la vivre. Dans ce livre, il s’attarde longtemps sur les mères d’écrivains, souvent « nées de leur fils ». On suit Roland Barthes, Albert Cohen, Romain Gary. « Avec l’amour, la vie vous fait, à l’aube, une promesse qu’elle ne tient jamais » écrit ce dernier.

Quand on est la petite-fille de Grace Kelly, la fille de Caroline de Monaco, on est souvent réduite à une image, un cliché sur papier glacé. Avec « La fêlure » , paru chez Julliard, Charlotte Casiraghi révèle tout son talent de philosophe pour nous dire combien les livres, pour consolateurs qu’ils soient, révèlent les blessures, les fêlures cachées derrière les apparences sociales. Le manque d’énergie, d’élan vital, chez Scott Fitzgerald, l’absence de confiance en soi et en l’autre, chez Colette. Balzac, mieux que tout autre, a su dire le poids d’un enfant non-désiré, pas assez aimé, Duras, le vieillissement du corps qui abandonne la lutte. Pavese parle de la tentation du suicide, avant de passer à l’acte, Anna Akhmatova, du deuil, de la perte d’un être cher. Ingeborg Bachmann dira le prix de la vérité, et George Sand saura garder sa lucidité sans renoncer à l’exaltation des sentiments. L’auteure achève sa recension avec Pascal pour qui la fêlure est la condition même de la vie humaine. Il faut voir l’humain tel qu’il est.

Philippe Forest, dans son « Shakespeare », paru chez Flammarion, renonce à percer le mystère du dramaturge. De lui, on ne sait presque rien, c’est-à-dire tout. Car la vraie vie de Shakespeare est sur scène, elle disparait derrière son œuvre. 

Avec « Morgane » , paru chez JC Lattès, l’Italien Emanuele Arioli synthétise les apparitions, dans les romans médiévaux, de cette fée maléfique et omniprésente. Si on cache souvent ce personnage essentiel, c’est peut-être pour dissimuler le pouvoir des femmes.

                                                        Jean-Luc Aubarbier.

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