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by • 6 novembre 2020 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor Sarladais du 6 novembre 2020.136

Essor Sarladais du 6 novembre 2020.

Daniel Picou ….. lit Proust.

Le Tour des Livres.

Daniel Picouly ne m’en voudra pas de jouer avec son nom, lui qui parodie l’incipit de « La Recherche » en intitulant son dernier roman, paru chez Albin Michel « Longtemps je me suis couché de bonheur ». En1964, dans une cité difficile, à Orly, le professeur Taquin (un de ces profs géniaux que l’on a tous connu) fascine ses élèves ; il parvient même à leur faire étudier Marcel Proust… Le narrateur, un adolescent de 15 ans, se passionne pour cet auteur difficile, avec son vocabulaire à lui (il invente même le verbe « prouster »).  Il en connait des personnages de « La Recherche » : un baron de Charlus qui est égoutier, une Odette de Crécy qui exerce comme infirmière. Il est même tombé amoureux de son Albertine. Alors, c’est décidé, quand il sera grand, il sera Proust. A travers ce roman très autobiographique, Daniel Picouly nous montre comment on peut s’amuser avec un chef d’œuvre et s’en emparer. C’est cela, la littérature universelle. Si je peux ajouter mon grain de sel à l’intention de celles et ceux qui ont du mal à lire Proust, je leur conseillerais de débrancher leur raison et de se laisser porter par la musique des mots. Proust se lit comme de la poésie, comme on regarde un tableau impressionniste.

C’est un autre roman d’éducation que nous propose Christophe Desmurger avec « Zone d’éducation privilégiée » chez Anne Carrière, un roman-vrai, basé sur son expérience. Les beaux quartiers ont aussi leurs problèmes éducatifs, même si on en parle moins. Louis Dumont a connu les ZEP avant de finir sa carrière d’instituteur près du jardin du Luxembourg. Il lui reste peu d’illusions : ici aussi, il aura des collègues épuisés, des parents d’élèves démissionnaires ou impossibles et des élèves à problèmes. Son humour le protège, les enfants l’aiment bien. Mais cela sera-t-il suffisant pour contraindre la violence d’Olivia, l’élève ingérable pour laquelle il va tout donner ? La vie quotidienne dans une classe ordinaire, où chacun se révèle extraordinaire.

C’est dans l’univers tout aussi difficile des aides-soignants que Séverine de La Croix situe son roman « Au milieu de la foule », paru aux éditions du Rocher. Mado possède un don extraordinaire : quand elle touche les gens, elle peut poser un diagnostic sûr et certain. Mais est-ce toujours bon de prévoir l’avenir ? Elle est une idéaliste qui cherche le grand amour et l’harmonie. Laszlo, son colocataire, qui exerce le même métier, est un éternel ado qui n’arrive pas à rompre une relation sans issue pour déclarer sa flamme à la femme qu’il aime. Au cours d’une manifestation qui tourne mal, un étrange policier va leur montrer la voie à suivre. Un roman drôle et tendre sur la résilience, l’amour et le respect de la vie, humaine et animale.

Autrefois, les animaux étaient traités comme des humains (c’est-à-dire mal), quand ils commettaient un crime. Dans « Le Procès du cochon », paru en poche à la Table Ronde, Oscar Coop-Phane revient sur cette histoire vraie dont les archives juridiques ont gardé les traces. Un cochon dévore un nouveau-né. Il est jeté en prison et jugé avant d’être pendu. L’auteur se met dans la peau de l’animal (un peu comme Francis Cabrel dans sa chanson sur la corrida), pour nous faire vivre cet étrange évènement. Un texte court, puissant, superbement écrit, et qui a d’étranges résonnances à l’époque du « balance ton porc ».

                                                                      Jean-Luc  Aubarbier.

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