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by • 30 octobre 2020 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor Sarladais du 30 octobre 2020.100

Essor Sarladais du 30 octobre 2020.

NATURE HUMAINE.

Le Tour des Livres.

Serge Joncour est un de nos meilleurs écrivains, et son dernier roman, paru chez Flammarion, « Nature humaine » pourra vous en convaincre. Entre 1976 et 1999, dans une ferme isolée au nord du Lot, Alexandre va passer de l’adolescence à l’âge mûr. Trois générations de Fabrier vivent entre ses murs. Alexandre comprend qu’il ne sera jamais heureux que dans ce vallon. Ces trois sœurs quittent le foyer ; Toulouse agit comme un aimant sur la jeunesse rurale. Lui-même va tomber amoureux de Constanze, une jeune Allemande. Pour elle, il va rejoindre un groupe d’activistes qui sabotent le chantier de la centrale nucléaire de Golfech. Crayssac, un vieux militant du Larzac, lui a appris à faire des explosifs avec de l’engrais. Sa relation avec Constanze s’étire dans le temps ; elle mène sa vie dans le tiers-monde ; ils se revoient régulièrement. Elle aspire à vivre à la campagne, mais dans une nature mythifiée. La mondialisation se poursuit, la ferme n’est plus qu’un infime point dans le monde. Elle est menacée par le tracé d’une autoroute. Alexandre défend son micro-univers où la Nature (à travers la canicule de 1976 et la tempête de 1999) et l’Homme s’affrontent et s’harmonisent. Un roman qu’il est bon de lire en parallèle avec « Règne animal » de Jean-Baptiste del Amo.

Pour rester dans les personnages dépressifs, nous parlerons de « Yoga » d’Emmanuel Carrère, publié chez P.O.L. C’est un récit qui s’étale sur quatre années. L’auteur nous instruit en matière de yoga, sa philosophie, sa pratique, mais y traine surtout sa bipolarité et une profonde et structurelle dépression. L’attentat de Charlie Hebdo, qui le touche de près, le sort des migrants sur l’ile grecque de Léros (« pas de suicide au Sahel, pas de dépression en plein désert » chantait Jean-Jacques Goldman), la mort de son éditeur Paul Otchakovsky-Laurens, scandent ses pages qui, toutes, cherchent la sortie de cette abominable maladie. Un livre drôle, malgré tout.

Thomas Flahaut, jeune romancier franc-comtois de 29 ans, est en résidence d’écriture en Sarladais, pour deux mois. Il vient de publier, aux éditions de l’Olivier, son deuxième roman « Les Nuits d’été ». Thomas a déjà connu l’expérience de l’usine et décrit un univers qui s’éteint et se déshumanise. Les entreprises ferment les unes après les autres. L’image du père, ouvrier viril et fier, qui transmettait son savoir et son métier à son fils, a disparu. Quand il reste du travail, les humains ne sont plus que le complément des machines, jusqu’à devenir machine eux-mêmes. Un roman que je rapprocherais du prix Goncourt 2018 « Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu. Thomas Flahaut livrera le résultat de sa résidence d’auteur à la bibliothèque de Saint-Léon-sur-Vézère, le jeudi 12 novembre, à 18h.

Retour sur un grand dépressif, Philippe Labro qui nous propose, chez Gallimard « J’irai nager dans plus de rivières ». Aujourd’hui âgé de plus de 80 ans, il nous livre ses réflexions sur l’écriture, le cinéma, les gens qu’il a bien connu, mais aussi sur un côté plus intime. La vie coule comme une rivière, mais le seul secret est d’aimer.

                                                                         Jean-Luc Aubarbier.

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