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by • 5 février 2026 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor Sarladais du 6 février 2026.13

Essor Sarladais du 6 février 2026.

PRIX GONCOURT TOUTES CATEGORIES.

Le Tour des Livres.

Avec La Maison Vide », publié aux éditions de Minuit, prix Goncourt 2025, Laurent Mauvignier nous offre un roman qui fait déjà partie des classiques de la littérature française. Le style proustien, aux phrases longues et rythmées, pour mieux dire le temps passé, convoque le souvenir et la transmission. Quand on rouvre la maison de sa grand-mère, restée  close depuis vingt ans, l’histoire de la famille revient comme un parfum dans la mémoire de l’auteur. Tout a commencé avec François, soldat de Napoléon, puis il y a eu le solide Firmin et Jeanne, son épouse discrète et énergique. Ecartant ses fils de la succession, il a donné le pouvoir à son gendre, Jules, en lui faisant épouser Marie-Ernestine. Sa fille aimait son professeur de musique, elle consacrera sa vie à son piano. Jules meurt à la guerre en 1916, il a tout juste eu le temps de connaitre Marguerite, sa fille. Quelqu’un a déchiré, découpé, gribouillé les photos de Marguerite, la grand-mère de l’auteur. Pour quelle raison ? Sa vie dissolue a-t-elle à voir avec le suicide de son fils, le père de l’auteur ? L’histoire familiale nous est restituée en détail, avec des bouffées soudaines. La scène de la mort de Firmin est un morceau d’anthologie. C’est dire si cette maison vide est emplie des défunts qui y ont vécu. L’auteur se voit sur « la rive du temps », belle image pour désigner un écrivain qui veut rendre un peu de vie aux disparus.

Le Creusois Pierre Michon, un de nos meilleurs écrivains, s’ouvre au théâtre avec « Agéladas d’Argos ou Contre Thèbes », publié chez Flammarion. Fidèle à son amour pour la culture grecque classique, il réinterprète à sa manière  « Les sept contre Thèbes » d’Eschyle. La découverte de deux statues de bronze dans les Pouilles l’inspire : seraient-ce celles de Tydée et d’Amphiaraos, deux des sept guerriers d’Argos qui mirent le siège devant Thèbes et y périrent ? Toute la Grèce classique est convoquée à ce combat : il y avait aussi Etéocle et Polynice, les deux frères d’Antigone. Argos contre Thèbes, Athènes contre Sparte, Troie contre Mycènes. Michon se met lui-même en scène, avec les grands drames de notre histoire, les grands films, car la Grèce est mère de tous les arts. Une symphonie d’érudition.

Avec « La Chaste Vie de Jean Genet », publié chez Gallimard, Lydie Dattas nous livre son admiration pour l’écrivain-poète qu’elle a bien connu. C’est une biographie très littéraire, presqu’une hagiographie pour ce voyou qui professait une admiration sans borne pour Jésus. Il le citait souvent : « Je viendrai comme un voleur », « Les prostituées entreront avant vous dans le royaume des cieux. » Enfant de l’assistance publique, fugueur, vagabond, délinquant, il se prend de passion pour les réprouvés, les déchus, les humiliés, avec des accents de Christ qui ne juge pas. Il se rêve saint, mais pousse ses écrits jusqu’à l’outrance, au-delà de l’acceptable. Sartre écrira « Saint Genet, comédien et martyr ».

Chez le même éditeur, Eric Fottorino nous propose « Des gens sensibles ». L’histoire d’un trio amical et amoureux entre Fosco, auteur d’un premier roman remarqué, Clara, son attachée de presse et Saïd, un écrivain algérien adulé dans son pays.

                                                     Jean-Luc  Aubarbier.

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