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by • 10 juillet 2020 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Chronique littéraire du 10 juillet 2020328

Chronique littéraire du 10 juillet 2020

La panthère des neiges.

Le Tour des Livres.

Quel voyage, quelle aventure ! Le lecteur prend un plaisir extrême à suivre au Tibet l’écrivain-voyageur Sylvain Tesson, sur la piste de « La panthère des neiges », son dernier livre paru chez Gallimard, fort justement récompensé du prix Renaudot 2019. Le narrateur, homme toujours en mouvement, apprend, aux cotés d’un couple d’amis, l’art de l’affut, construit autour de la patience et de l’incertitude. Sur les hauts plateaux tibétains, par une température de plusieurs dizaines de degrés au dessous de zéro (dans la tente, il fait moins dix), les aventuriers croisent des yaks et des ânes sauvages, des loups et très peu d’humains. Ils traquent le fauve avec un appareil photo ; l’attente est belle, même quand le félin ne se montre pas. Parfois il est là, et on ne le voit pas. Loin du désordre humain porteur de destruction, le livre est un hymne à la nature sauvage et à la vie tout simplement, même quand elle est cruelle par nécessité. Les prédateurs dévorent leurs proies ; les forts survivent et les faibles meurent, selon la Loi. La découverte de l’ordre du monde qui présidait aux religions anciennes.

Prix Femina 2018, « Le Lambeau » de Philippe Lançon, sorti en poche chez Folio, n’est pas non plus un roman. Mais comme pour « La panthère des neiges », on peut se demander si l’autobiographie bien écrite n’est pas le genre littéraire d’aujourd’hui. Philippe Lançon travaillait à Charlie Hebdo, le jour de l’attaque des terroristes islamiques. Il a été grièvement blessé, il a vu ses amis morts. Il a passé neuf mois à l’hôpital, de greffe en greffe, pour retrouver un visage humain. Et il se raconte. Non dans la douleur, la haine ou la compassion, mais dans un formidable élan de création littéraire. Ils sont nombreux à être conviés à son chevet : Shakespeare, Houellebecq, Pascal, Orwell et beaucoup d’autres. Le narrateur analyse chaque seconde de la tuerie, son absence de réalité et même de douleur, les préoccupations minimes qui l’habitent : mon sac, mon billet de train à rembourser.  La remontée des souvenirs, puis la lente rééducation. Déjà un bel hommage aux soignants.

Roman-fleuve, roman de l’An Mil, ainsi se présente « Et passe le souffle des dieux » que Philippe Séguy signe chez Plon. Ce monde lointain que nous connaissons si mal est en fait un tournant de l’histoire : païens vikings contre chrétiens. Odon de Rhys, page de Guillaume le Conquérant, suit son maître à la conquête de l’Angleterre et nous fait découvrir les mœurs et les rites de l’époque. Les Vikings deviennent les Normands en se christianisant,  mais les druides celtes ne renoncent pas facilement à leurs pouvoirs. Odon nous propose également la grande énigme de la tapisserie de Bayeux : que sont devenus les trois mètres qui y manquent ?

Chez de Borée, Philippe Hugon nous entraine dans les milieux de la pègre parisienne, au XVIII° siècle, avec « Le Pacte des gueux ». Abandonné à sa naissance, recueillie à la Cour des Miracles, Renard décide de s’élever socialement dans le monde gouverné par le Régent. Philippe d’Orléans aime s’encanailler, Renard va aimer la dentelle, les intrigues, le luxe. Sans oublier ses amis d’autrefois qui lui apportent toujours leur soutien, il s’initie à la spéculation financière qui fait ses débuts, avec, déjà, des catastrophes, sauf pour ceux qui ont su se retirer à temps du jeu.

                                                                             Jean-Luc  Aubarbier.

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