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by • 7 novembre 2019 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor Sarladais du 8 novembre 2019.18

Essor Sarladais du 8 novembre 2019.

L’Esprit de la Forêt.

Le Tour des Livres.

   Monica Sabolo change d’éditeur, et rejoint l’écurie Gallimard, pour nous donner « Eden », un roman envoûtant sur la nature, une nature vivante que l’on croirait sortie tout droit du poème de Victor Hugo « A Albert Dürer » : « Rien n’est tout à fait mort, ni tout à fait vivant – Le cresson boit, l’eau court, les frênes sur les pentes – Sous la broussaille horrible et les ronces grimpantes – Contractent lentement leurs pieds noueux et noirs… ». En bordure de forêt vit Nita, et ses amis indiens de la réserve ; à l’intérieur, les blancs veulent exploiter les schistes bitumineux. Des hommes, des femmes, des enfants, disparaissent sans laisser de trace. Quand son amie, la blonde Lucy, disparait à son tour, Nita s’obstine à dire qu’elle a été enlevée par les esprits de la forêt. Le chamanisme des indiens est toujours actif. On retrouve Lucy, nue, couverte de terre et muette ; elle a été violée. Les adolescents, autour de Nita, s’obstinent à courir les bois, la nuit. Il semblerait que les victimes aient été attaquées par des bêtes monstrueuses ; d’ailleurs Lucy a vu leurs silhouettes. S’agit-il d’animaux, d’ours, d’humains, ou bien sont-ce les esprits de la forêt ? Rien, pas même le danger, ne pourra empêcher les adolescents en quête d’amour et d’aventures, de poursuivre l’exploration de leur domaine, aux habitants « couverts de peau rude et de vivante écorce. »

C’est un roman tout en profondeur et en finesse que nous livre Hubert Mingarelli (prix Médicis 2003) avec « La Terre Invisible » paru chez Buchet-Chastel. Le narrateur, reporter photographe dans l’armée américaine, choqué par ce qu’il a vu en libérant un camp d’extermination, décide de visiter l’Allemagne et de faire des portraits des gens. Lui qui pense à travers son objectif, croit pouvoir trouver, dans les yeux des sujets, la trace de ce qu’ils savaient réellement. Il faudrait photographier les mots, mais il n’y a pas de mots pour décrire un camp d’extermination. Le colonel Collins, lui-même photographe amateur, met un véhicule à sa disposition. Accompagné d’O’Leary, son chauffeur irlandais, il parcoure l’Allemagne dévastée par la guerre. Un voyage initiatique dans tous les sens du terme.

C’est un autre voyage que nous raconte la romancière Ambara Salam dans « Tout est beau et lumineux », publié chez Calmann-Lévy. Dans les années 50, Max et Béa s’installent dans une île paradisiaque du Pacifique, loin de tout, au cœur de la nature. L’endroit semble idéal et d’une beauté à couper le souffle. Mais la nature est sans pitié et ne se laisse pas facilement domestiquer : maladies, conditions de vie difficiles finissent par avoir raison de l’enthousiasme. Les autochtones deviennent hostiles dès qu’il s’agit de modifier leurs mœurs ou leur religion. Un missionnaire disparait et Max plonge peu à peu dans la folie. Béa va devoir lutter seule pour sa survie.

Après « Un hiver avec Schubert », Olivier Bellamy poursuit son exploration de la musique avec « L’Automne avec Brahms », chez Buchet-Chastel. Beauté, passion, nature sont les éléments moteur de son œuvre, comme de sa vie. La mode est à l’innovation ; Brahms démontrera que l’on peut aller loin en regardant derrière soi. Une étude biographique qui se lit comme le plus passionnant des romans.

                                                                   Jean-Luc  Aubarbier.

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