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by • 7 février 2014 • Mes chroniques littérairesComments (1)2436

Essor Sarladais du 7 février 2014

couv sept vies marquis

Essor Sarladais, Le Tour des Livres, du vendredi 7 février 2014.

LES SEPT VIES DU MARQUIS.

Le Tour des Livres.

 

Jacques Ravenne n’est pas seulement le talentueux romancier, auteur avec Eric Giacometti, de thrillers ésotériques. Il est aussi un des grands spécialistes de Sade et il fait montre d’excellentes qualités d’historien pour nous livrer, chez Fleuve, une biographie romancée intitulée « Les sept vies du marquis ». Avec une belle écriture qui évoque le siècle des Lumières, il nous brosse un tableau assez différent de la sombre réputation de l’inventeur du sadisme. On y découvre un Sade plus ‘Casanova’, amoureux de certaines de ses nombreuses maitresses. Libertin et débauché, il le fut comme beaucoup d’autres. Haineux envers la famille (son père l’avait abandonné) et envers la religion, traqué par la police de monsieur de Sartine, il construit peu à peu, une philosophie de la liberté individuelle. « Ce n’est pas ma façon de penser qui a fait mon malheur, mais celle des autres » écrit-il. S’il initia son épouse, la sage Pélagie, à des jeux sexuels, il aima à la folie sa belle-sœur, la jeune Anne, délurée et curieuse de tout. Son sadisme, c’est surtout dans ses livres qu’il l’exprime. Et il eut le temps d’écrire car il passa dix ans à la Bastille (où il s’insurgea contre le régime royal), pour finir sa vie dans un asile de fou, à Charenton. Jacques Ravenne a préfacé, chez 10/18, un recueil de lettres du marquis de Sade.

Chez Belfond, Jean-Pierre Enjalbert nous propose une leçon de vie et de savoir mourir avec « Prendre fin ». Par un bel après-midi d’été, alors que les jambes des jolies filles sont de sortie, le héros du roman s’écroule ; il va mourir. Mais il ne sait pas vraiment s’y prendre : c’est la première fois qu’il meurt. Alors il refuse, il nargue la camarde, lui oppose tout ce qui lui passe par la tête : amour, révolte, insolence, ironie, colère. Ce livre est un questionnement à la fois grave et hilarant, sur un sujet qui nous concerne tous.

Au Dilettante, Laurent Graff nous propose un autre roman délirant : « Grand Absent ». Cette réflexion kafkaïenne sur le parking, qu’il décrit comme un scénario de Tati filmé par un Cronenberg dépressif, nous entraine dans l’univers concentrationnaire de ces monuments souterrains, creusés à la gloire de l’automobile, et qui peuvent se révéler un piège mortel pour l’humain. Une fiction noire, bien noire, rhapsodie glaçante pour monde en panne.

Humour noir également pour « Comment j’ai mangé mon estomac » de Jacques Bertrand, publié chez Julliard. Lorsque le héros apprend qu’il est atteint d’un cancer de l’estomac, une partie de son corps dont il ne s’est jamais soucié, il décide de traiter la chose par l’insouciance et l’humour. La maladie n’est au fond qu’une métaphore. Alors mieux vaut avoir l’insolence de s’amuser de tout, de « vivre un peu en attendant la mort » aurait dit Pierre Desproges. La littérature éloigne de nous tous les maux : c’est donc avec enthousiasme que l’auteur se plonge dans l’écriture, le seul et souverain remède.

On retrouve une technique similaire dans le recueil de nouvelles de Denis Jeambar, paru chez Calmann-Lévy et intitulé « Dark Nights ». La quête de l’absolu, la nostalgie du temps des possibles, la déliquescence de l’âme et du corps sont au cœur de ces vingt-neuf « nouvelles nocturnes ». L’apparente hétérogénéité des personnages : une diva, un boxeur, un tueur, un collectionneur, un policier, une belle Cubaine, forme en fait comme un vaste roman polyphonique servi par un style sensuel et élégant.

Au Cherche-Midi, le romancier allemand Wulf Dorn nous propose « Nos Désirs et nos Peurs », un superbe thriller psychologique. En 1985, Jan est témoin de la noyade d’une jeune fille échappée d’une clinique psychiatrique. Le lendemain, son père meurt brutalement et son frère disparait. Vingt-cinq ans plus tard, devenu psychiatre, Jan se voit proposé un poste dans l’établissement d’où est parti tout le drame. D’étranges évènements vont l’obliger à revenir sur son passé. Il ne tarde pas à pénétrer dans un effroyable labyrinthe psychologique et meurtrier, au sein duquel se terre un terrible secret.

 

                                                                      JEAN-LUC  AUBARBIER.

One Response to Essor Sarladais du 7 février 2014

  1. aubarbier (test) dit :

    A quand Giacometti et Ravenne dans la Pléiade ?

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