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by • 28 février 2020 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor Sarladais du 28 février 2020309

Essor Sarladais du 28 février 2020

Tu seras un homme, mon fils.

Le Tour des Livres.

     On croit toujours connaître Rudyard Kipling, l’homme du « Livre de la Jungle », le chantre de l’Angleterre victorienne, mais le personnage est plus complexe qu’il n’y parait. Pierre Assouline nous en livre les secrets dans un beau roman, paru chez Gallimard « Tu seras un homme, mon fils ». Le narrateur, Louis Lambert, professeur de littérature, est obsédé par le poème de Kipling « If », connu en français par son dernier vers « tu seras un homme, mon fils ». Il cherche en vain une traduction exacte pour cet hymne au courage, à la pensée juste et morale, aux conseils d’un père à son fils. En 1914, à Vernet-les-bains, il croise la route de son idole et devient son ami. Kipling, prix Nobel de littérature, est plus qu’un écrivain, il est le drapeau de l’empire britannique, le défenseur de la civilisation. Francophile et germanophobe, il est un porte-voix pour les démocraties occidentales. Comment pourrait-il être libre de ses paroles ? Quand la guerre éclate, lui, le poète militariste, ne peut qu’appeler au combat. Son fils, John, désire ardemment s’engager malgré ses handicaps physiques. Kipling peut forcer la main des recruteurs, ou au contraire épargner l’horreur à son héritier dont il suppose qu’il a peut de chance de survivre au conflit. Mais peut-il protéger les siens, quand les enfants des autres perdent la vie dans les tranchées ? Nommé officier dans un régiment irlandais (Kipling déteste les Irlandais indépendantistes), John est porté disparu en 1915. On ne retrouvera jamais son corps. Brisé pour le restant de ces jours (il meurt en 1937), Kipling mesure la portée de son poème, qui s’applique, non à son fils, mais à lui-même. « Si tu peux… voir s’effondrer l’œuvre de ta vie … »

Dans le beau roman de Jean-Philippe Blondel, publié chez Buchet-Chastel, « La Grande Escapade », la nostalgie des années 70 reste ce qu’elle était. Un groupe scolaire dans une ville de province, une équipe d’enseignants au sommet de leur gloire. Le monde change, la révolution sexuelle déroule ces exagérations, les femmes se libèrent, un monde meilleur, c’est sûr, pointe le bout de son nez, de gentils olibrius racontent que la planète serait en danger (quelle blague !). Parmi les élèves, rien n’a vraiment changé : ni les bêtises ni les rêves. Victime de harcèlement, le timide Philippe Goubert s’imagine écrivain. L’arrivée d’un professeur aux méthodes révolutionnaires lui donne confiance en lui. Pourtant, il exaspère les autres avec son air maladif : un garçon doit être viril. « Tu verras plus tard, au service militaire… » Les terreurs de l’école primaire quand ils accèdent au collège, sont à leur tout harcelés… juste retour des choses. Les profs à l’ancienne ont beau être ‘de gauche’, ils en tiennent pour l’autorité et la paire de claques. Cette année-là, c’est la révolution : le décret ministériel a imposé la mixité en classe !  Un régal de lecture.

Chez Julliard, Béatrice Shalit publie « James et Talia », l’histoire d’un immeuble parisien, rue La Fayette, propriété des époux Rahbani. Ses habitants forment une petite communauté hétérogène et bienveillante : un retraité sans ressources, une actrice au chômage, un artiste peintre amateur de poker, un réfugié afghan et un mystérieux libanais qui semble très riche. Talia, la dernière arrivée, est israélienne, venue dans un but précis. Son arrivée déclenche une cascade d’évènements cocasses ou dramatiques. Le narrateur de ces mésaventures : le chat James qui n’en perd pas une miette.

Chez Héloïse d’Ormesson, le Finlandais Aki Ollikainen nous propose « Pastorale », une journée dans la campagne finlandaise enneigée. Autour du hameau où vivent quelques agriculteurs, rode un loup qui menace leurs troupeaux. Le soleil radieux porte plutôt à l’optimisme pour ces hommes et ces femmes qui vont laissés voir leurs secrets, leur intimité, leurs espoirs et leurs faiblesses. Dans les arbres, les corbeaux semblent conférer comme s’ils prédisaient quelques catastrophes à venir. A l’aube nouvelle, chacun des personnages sera transformés. Un conte cruel et poétique aux accents bibliques.

                                                                     Jean-Luc  Aubarbier.

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