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by • 25 novembre 2016 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur ESSOR SARLADAIS du 25 novembre 20161098

ESSOR SARLADAIS du 25 novembre 2016

 

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MARCUS MALTE, PRIX FEMINA.

 

Les dames du Fémina ont récompensé cette année un des meilleurs romans de la rentrée littéraire. « Le Garçon », de Marcus Malte, publié chez Zulma, est une œuvre profonde qui évoque aussi bien « L’enfant sauvage » de Truffaut que les fresques de Jean Giono. Il n’a pas de nom, pas d’histoire, il n’a pas accès à la parole ; il est une page blanche sur laquelle va s’écrire l’histoire du monde. Quand sa mère meure, au fin fond d’une contrée aride du sud de la France, il tente de survivre et s’approche, avec méfiance, des humains qu’il découvre être semblable à lui. Comment un être peut-il s’humaniser, sans culture, sans parole, en se servant uniquement de ses instincts et de ses relations à la nature ? Voilà le thème du livre. Il sera valet de ferme, exploité, réduit en esclavage, dans un hameau dont les habitants se partagent ses services. Il suivra un saltimbanque à travers la France. Il se nourrira de légendes et de traditions. Puis il croise la route de Gustave et de sa fille Emma. Malgré ses traumatismes et son infirmité, elle tombe amoureuse et, ensemble, ils vont réinventer l’amour et la sexualité. Mais nous sommes en 1914 et la cruauté des hommes va encore s’accroitre.

Chez Verticales, François Bégaudeau (à qui nous devons le remarquable « Entre les murs ») nous propose « Molécules ». Ce pourrait être un thriller : Jeanne Deligny, infirmière dans un centre pour psychotiques, est retrouvée morte, égorgée, sur le palier de son appartement. L’enquête piétine ; la famille, le mari pharmacien, la fille encore lycéenne, se désespère. La découverte tardive d’une pièce à conviction permet de remonter la piste d’un très ancien petit ami, qui avoue avoir commis un meurtre involontaire. C’est un thriller, mais la beauté du style et l’exploration des personnages en font tout autre chose.

Paru chez Albin Michel, « Le Tableau » de Laurence Venturi se lit comme un thriller, mais c’est avant tout une histoire vraie. A l’occasion d’une inondation dans sa cave, Laura découvre accidentellement un tableau de Modigliani. Elle se lance dans une enquête pour pouvoir faire authentifier l’œuvre ; le combat va se révéler titanesque…. et bouleverser la vie de la jeune femme. Un premier roman réussi.

Chez Calmann-Lévy, Jean-Baptiste Bester nous conduit sur les bords de la Durance, prés de Briançon, pour son polar « Meurtre au pont du Diable ». Quand le corps désarticulé d’Agnès Ladoucette, médecin de son état, est retrouvé au pied du pont d’Asfeld, la population s’interroge. Suicide ? Accident ? Personne n’ose émettre l’hypothèse du meurtre tant la victime était sympathique. C’est pourtant la conclusion à laquelle arrive le commissaire Chancel qui était son ami. C’est au fond de sa propre mémoire qu’il va découvrir l’indice crucial, celui qui va lui permettre de venger celle qui comptait le plus pour lui.

Chez le même éditeur, l’historienne et philosophe Bettina Stangneth nous propose une terrible enquête « Eichmann avant Jérusalem ». Cette somme indispensable pour cerner le caractère du bourreau nazi, sous-titrée « La vie tranquille d’un génocidaire », nous fait revivre la fuite, les cachettes, la traque de celui qui voulait se présenter à son procès comme un simple petit fonctionnaire qui n’avait fait qu’exécuter les ordres. L’auteur démontre l’inanité de cette thèse et le zèle absolu dont fit montre Adolf Eichmann dans l’application de la Solution Finale. Ce livre est aussi une réflexion sur le mal radical, dont les braises sont encore ardentes.

 

JEAN-LUC  AUBARBIER.

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