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by • 25 janvier 2019 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor Sarladais du 25 janvier 201975

Essor Sarladais du 25 janvier 2019

 

GARP A 40 ANS.

Le Tour des Livres.

 

Il est rare qu’un roman devienne assez célèbre pour que l’on fête ses anniversaires. En 1978, il y a 40 ans, le romancier américain John Irving, alors inconnu, publiait « Le monde selon Garp », traduit en français en 1980 chez Point Seuil. Ce fût une révolution, un chef ‘œuvre où l’humour s’alliait à la tragédie. Immanquablement, on pensa au baroque sud-américain, à Garcia-Marquez ou Vargas-Llosa, mais avec ce petit quelque chose de moral qui caractérise la littérature anglo-saxonne. Irving fût un précurseur pour tout. Féministe, il fait naitre son héros, Garp, d’une copulation de l’infirmière Jenny avec un mitrailleur de bombardier transformé en légume par une blessure à la tête. Mais il dénonce les abus du féminisme, quand il décrit ces femmes qui, pour se venger des violeurs, tuent tous les hommes séduisants (Garp sera leur victime). Défenseur du mouvement gay, il donne pour meilleur ami à Garp un rugbyman transsexuel. Le roman suit l’histoire de Garp, de sa naissance à sa mort, détaille son goût pour le sport (la lutte), les femmes, la paternité, l’enseignement, l’écriture. Merveilleuses pages sur la terreur d’un père, quand il s’approche de ses enfants endormis et comprend « qu’ils commencent à mourir ». Plus encore, John Irving nous apprend à écrire, à donner du lien à un texte par mille petits détails qui font sens. Un livre à lire et à relire.

« Complot » paru chez X.O. est un thriller nordique écrit par un français : Nicolas Beuglet. Sarah, policière d’élite, vit en Norvège avec son compagnon, Christopher, un journaliste français. Elle doit enquêter sur l’assassinat de la première ministre de son pays, tuée dans des circonstances mystérieuses, à coup d’épée, près d’une tête de taureau. On pense à un meurtre rituel. Elle découvre qu’il s’agit de la réplique d’un sacrifice vieux de 2700 ans. Mais bientôt, la recherche s’affole : elle trouve une salle souterraine où la victime travaillait à la défense des femmes, que les hommes auraient, dans le passé, remplacer dans la conquête du pouvoir. La victime appartenait à un groupe féministe prêt à tout pour faire rendre gorges aux hommes. Ceux-ci ne se privent pas de se défendre… par tous les moyens. Une enquête où l’on se demande qui est le plus dangereux des deux camps ?

Emmanuelle Pirotte nous propose un grand roman d’aventures avec « Loup et les hommes », paru au Cherche-Midi. Lorsqu’Armand de Canilhac retrouve, autour du cou d’une jeune amérindienne, le saphir que portait son frère, Loup, avant sa condamnation aux galères, son sang ne fait qu’un tour. Il faut dire qu’Armand a trahi son frère 20 ans plus tôt, et qu’il le croyait mort. Il embarque aussitôt pour la Nouvelle-France, pour savoir la vérité. L’histoire se passe alternativement dans le Gévaudan natal des deux hommes, où l’on découvre leur passé, et en Amérique, porteuse d’avenir.

Dans son beau roman, « En guerre », paru chez Verticales, François Bégaudeau met en scène deux personnages que rien ne rapproche. Louisa Makhloufi et Romain Praisse n’ont aucune raison de se rencontrer. L’auteur utilise la violence économique, le drame de la solitude, et le hasard faiseur de destin, pour imaginer une exception romanesque, qui ne fait que confirmer par ailleurs les règles implicites de la reproduction sociale.

 

Jean-Luc  Aubarbier.

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