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by • 31 janvier 2019 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur ESSOR SARLADAIS du 1 février 2019.233

ESSOR SARLADAIS du 1 février 2019.

 

 

 

Soliloque sentimental.

Le Tour des Livres.

 

Nous aurait-on changé Michel Houellebecq ? On le disait cynique, on le découvre romantique dans son nouvel opus, paru chez Gallimard : « Sérotonine ».  Mais rassurez-vous, le héros houllebecquien est toujours le même. Florent-Claude, le narrateur, souffre de dépression grave, au point de devoir choisir : ou bien il prend un antidépresseur et perd tout désir sexuel, ou bien il court au suicide. La première solution lui semblant préférable, il abandonne Yuzu, son amie japonaise qu’il déteste quand elle ne présente plus pour lui aucun attrait physique. Il prend la fuite, change de quartier, puis gagne la Normandie où il est hébergé par un vieil ami Aymeric, un agriculteur ruiné. Plus il travaille, plus il s’appauvrit. En fait, Florent-Claude part à la recherche de Camille, la seule fille dont il a été véritablement amoureux. Il sait qu’elle est vétérinaire dans la Manche. Osera-t-il l’aborder ? Elle a sûrement refait sa vie, au bout de seize ans ! Serait-il possible qu’elle l’aime encore ? On croirait parfois entendre résonner les vers du « Colloque sentimental » de Paul Verlaine, mais ici, Florent-Claude parle tout seul. Houellebecq est un romantique qui ne veut pas se duper : son héros souffre d’un manque d’élan vital, qui est le véritable sens du mot freudien « libido ». Il ne parvient pas à dépasser les passions tristes liées à l’espérance et au souvenir. Est-il possible que nous ne soyons que des usines chimiques destinées à produire désirs et sentiments ? Pour le plaisir, je vous donne ci-dessous le texte du « Colloque sentimental » du délicieux Verlaine.

« Dans le vieux parc solitaire et glacé – Deux formes ont tout à l’heure passé. Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles, Et l’on entend à peine leurs paroles. – Dans le vieux parc solitaire et glacé, – Deux spectres ont évoqué le passé. – Te souvient-il de notre extase ancienne ? – Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ? – Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ? – Toujours vois-tu mon âme en rêve ? – Non. – Ah les beaux jours de bonheur indicible où nous joignions nos bouches ! – C’est possible. – Qu’il était bleu, le ciel, et grand, l’espoir ! – L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir. – Tels ils marchaient dans les avoines folles, – Et la nuit seule entendit leurs paroles. »

Restons dans le domaine dépressif pour évoquer le roman du journaliste Pierre-Louis Basse, paru au Cherche-Midi, « Je t’ai oublié en chemin ». Le baiser du Nouvel An était sans amour, funèbre et froid comme un hiver normand (encore !). Deux jours plus tard, par SMS (c’est fou comme les femmes ont cessé d’être romantique), celle qu’il aime avec passion apprend à Pierre que tout est fini. Il est effacé, rayé de la carte. « Ce genre d’amour qui meurt fait un bruit d’hôpital. » Effondrement brutal, la mort rode. Plutôt que de mettre fin à ses jours, Pierre va venir à bout de ce chagrin, l’épuiser, le rincer, en marchant et en écrivant. Le triomphe de la littérature et du corps, avec, au bout du chemin, la vie.

Romancière franco-américaine, née en Iran, Saïdeh Pakravan publie chez Belfond « Cent voyages », le roman de la fuite et de l’ancrage. Garance qui habite Paris, se sent la plupart du temps étrangère à elle-même, comme si elle n’était que l’observatrice de sa propre existence. Sa pensée est meublée de questions sans réponses. Quand une situation lui apparait sans issue, elle fuit, sans un mot, sans une explication. Elle boucle sa valise et part au bout du monde. Jusqu’au jour où elle donne naissance à Myriam. Elle se retrouve enfin ancrée (faudrait-il écrire encrée) quelque part. Mais après trois années de bonheur avec sa fille, un homme va entrer dans sa vie…

 

Jean-Luc  Aubarbier.

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