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by • 22 mai 2020 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor Sarladais du 22 mai 2020.284

Essor Sarladais du 22 mai 2020.

Du roman minimaliste à l’épopée.

Le Tour des Livres.

Armel Job est le romancier de la vie ordinaire, de l’acte dérisoire qui, pourtant, bouleverse une existence. Dans « La disparue de l’île Monsin », paru chez Robert Laffont, il met en scène un modeste loueur de piano, Jordan Nowak, qui croise, par une nuit neigeuse d’hiver, la route d’Eva. La jeune femme est prête à se jeter dans la Meuse ; il lui porte secours. De cet incident, il ne dit rien à personne. Mais quelques jours plus tard, un avis de recherche est publié dans la presse. Eva a disparu. Jordan contacte l’inspecteur Lipsky, chargé des recherches, un jeune policier ambitieux, prêt à tout pour sortir une grosse affaire. Il ne tarde pas à trouver des ambigüités dans le récit de Jordan. Une vague de soupçons le submerge. Pourquoi ne pas avoir dit qu’il avait passé la nuit avec Eva ? Comme tous les gens simples, Jordan a du mal à parler ; il s’embrouille. Heureusement, Edith, son épouse, lui a gardé sa confiance malgré sa trahison. Elle mène sa propre enquête, rencontre la famille de la jeune femme… Peu à peu va se révéler une vérité bien différente de ce que l’on attendait.

Il est toujours de grandes œuvres que l’on n’a pas eu le temps de lire. Plusieurs reportages ont récemment mis en avant « Vie et destin »  de Vassili Grossman, disponible en Livre de Poche ; je m’y suis plongé avec délice. Ce monument de 1200 pages, écrit dans les années 50, est le premier à dénoncer la barbarie du régime communiste de l’intérieur. L’auteur est un homme du régime, il a été correspondant de presse à Stalingrad. Son roman ose mettre en parallèle Hitler et Staline, les camps d’extermination (Grossman a visité Treblinka à sa libération) et le Goulag. Il dénonce ce siècle de l’horreur : génocide en masse, cannibalisme suite aux famines, et cherche en vain un sens à tout cela. Sa vision est moderne, sa parole, très libre ; il critique sans limite. Ses héros sont de tous bords, bolchéviks, menchéviks, tolstoïens, chrétiens. Ce livre, grand comme la Russie, est à la fois un témoignage, une fresque historique et une œuvre littéraire. Vassili Grossman l’achève en 1960 et meurt quatre ans plus tard. Le KGB en confisque toutes les copies ; une seule en réchappe. Elle sera publiée en Suisse, seulement en 1980. Entre temps, Soljenitsyne publiera « Une journée d’Yvan Denissovitch » en URSS en 1962, et « L’archipel du Goulag », en France, en 1973.    

Chez Héloïse d’Ormesson, Virginie Caillé-Bastide vient de sortir « Le Sans Maître ». En 1720, en Bretagne, Côme de Plancoët mène une existence paisible, entre érudition et équitation. C’est le type même de l’honnête homme du Siècle des Lumières. Il n’ambitionne rien d’autre que de bien vivre, mais c’est encore trop pour l’ennemi puissant qui rêve de le détruire. Son salut sera dans la fuite, et il croisera la route d’un vieux druide et d’une cavalière au caractère bien trempé, qui réveilleront en lui la magie des terres bretonnes.

Chez Buchet-Chastel, Valérie Clo nous offre « Une vie et des poussières », un délicieux ‘roman d’Ehpad’ (style très en vogue depuis quelques temps). Les enfants de Mathilde l’ont placée dans une maison de retraite. Pour tuer le temps, elle écrit son journal. Deux univers y cohabitent. Le passé, sa jeunesse pendant la guerre, la peur et l’espoir… la vie. Le présent et son horizon à court terme, ses compagnons d’infortune et le sourire si radieux de l’aide-soignante.

                                                                           Jean-Luc Aubarbier.

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