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by • 20 juillet 2018 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur ESSOR SARLADAIS du 20 juillet 2018181

ESSOR SARLADAIS du 20 juillet 2018

 

 

DANSE MACABRE.

Le Tour des Livres.

 

Jean Teulé possède au plus haut point l’art de dénicher des faits divers étonnants. Après son « Mangez-le si vous voulez » qui évoquait l’affaire de Hautefaye en Dordogne, il nous raconte, avec « Entrez dans la danse », paru chez Julliard, un autre évènement stupéfiant. En 1518, à Strasbourg, les habitants sont soudain pris d’une manie de danser. Il faut dire que l’heure est grave : la famine et les épidémies font des ravages, les Turcs menacent d’envahir la région. Des familles sont contraintes de dévorer leurs propres enfants. Enneline sort de sa maison et jette dans la rivière son bébé qu’elle ne peut plus nourrir. Puis elle commence à danser, d’autres la rejoignent. Ce peuple éprouvé de souffrances danse jusqu’à en tomber. D’autres se livrent à une débauche sexuelle. Les doctes parlent du mal des ardents ou de la danse de Saint-Guy, les prêtres crient à la sorcellerie. Mais il ne s’agit pas de ça : juste une folie collective qui s’est emparé des habitants les plus pauvres et qui ne les quitte pas. Traité avec humour, ce fait divers étonne et scandalise à son époque. Dans mon « Guide secret de la Gascogne » (éditions Ouest-France), j’ai raconté, à la même époque, une étrange épidémie de femmes qui se mettaient à aboyer sans raison en passant devant les églises.

Après avoir vécu à Sarlat, la jeune romancière Séverine de la Croix est désormais bordelaise. Elle vient de publier, au Rocher, « Là où l’on s’aime, il ne fait jamais nuit », un « feel good book » qui donne le moral à ses lecteurs. Félicité et Mathilde sont deux sœurs que tout sépare. L’une a un mari et se désespère de n’avoir pas d’enfant. L’autre a deux enfants, mais plus de mari. Comme s’il fallait choisir entre l’une et l’autre forme de bonheur. L’ombre du passé pèse sur les deux sœurs. Félicité, la cadette, qui courre d’échecs sentimentaux en échecs professionnels, a toujours caché à son fils Corentin qu’il était né d’un viol. Pour ses 10 ans, elle lui a promis la vérité ; va-t-elle pouvoir tenir son serment ? Mathilde a toujours souffert en cachette de la préférence que leur père marquait pour sa sœur. Ne vous en faites pas, tout va finir par s’arranger.

Originaire de Sarlat, Thierry de Carbonnières a rencontré le succès comme acteur en jouant dans la série « Plus belle la vie ». Après un premier livre, il tire de son expérience un curieux roman « Ils me reconnaissent », édité chez Riveneuve Archimbaud. Très autobiographique, le roman raconte l’histoire de Victor, un acteur devenu célèbre. Jouer dans une série très populaire engendre la notoriété, un certain succès auprès des femmes, une autosatisfaction qui vient renforcer l’égocentrisme naturel des artistes. Surtout quand on a galéré pendant trente ans avant de pouvoir gagner correctement sa vie. Mais au bout de ce voyage autocentré, Victor voit ressurgir son passé, des épisodes douloureux de l’enfance, qui l’ont conduit tout droit vers cet étrange métier où l’on passe son temps à ne pas être soi. On peut partir de « Plus belle la vie » et de sa petite personne pour aboutir à la grande histoire de l’Humanité.

Chez Jean-Claude Lattès, l’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic nous livre un deuxième roman « Le magasin jaune ». A Pigalle, en 1929, une boutique de jouets devient le point de ralliement de tous les garnements du quartier. Surtout quand Quinze, la fille des propriétaires, devient leur mascotte. Mais le monde bouge. En dehors du cercle protégé de l’enfance, le ciel s’obscurcit ; la guerre et la tyrannie menacent. Avec l’Occupation, le temps de l’innocence va disparaitre, pour celui des choix qui engagent. Quand les jeux de guerre des enfants deviennent des combats pour de vrai… En lisant « Le magasin jaune », j’ai pensé au magnifique roman de Jean Raspail « L’ile bleue ». Une affaire de couleur, sans doute.

 

JEAN-LUC  AUBARBIER.

 

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