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by • 19 décembre 2014 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur ESSOR SARLADAIS du 19 décembre 2014.1696

ESSOR SARLADAIS du 19 décembre 2014.

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DJIAN CHEZ ALMODOVAR.

Le Tour des Livres.

 

Le ton ‘jeune’, le style faussement décalé (en réalité, très travaillé), tous les éléments d’un bon roman de Philippe Djian se retrouvent dans ce « Chéri-chéri », publié chez Gallimard. Ecrivain le jour, Denis, la nuit venue, s’habille en femme et devient Denise, danseuse légère. Il pratique ce second métier autant par besoin (c’est un écrivain sans succès) que par goût : enfant, sa mère couturière se servait de lui comme mannequin. Hannah, son épouse, simple et naïve, est au courant et accepte la situation. Il est vrai que Denis, à la libido faible, ne s’interresse guère qu’à ses romans. Par contre, Paul, son redoutabe beau-père, macho et mafieux, ne supporte pas sa conduite. Autant pour le viriliser que pour l’obilger à payer ses dettes, il oblige Denis à devenir l’encaisseur brutal des mauvais payeurs de son cercle de jeu. Quant à Veronica, l’épouse de Paul, femme battue secrètement amoureuse de son gendre, elle prépare sa vengeance. Pour Noël, Philippe Djian sort, chez le même éditeur, « Voyages », le catalogue de l’exposition que l’on peut voir au musée du Louvre.

Au Cherche-Midi, Christian Carisey publie « Le testament de Descartes ». Entre le roman et la biographie, l’auteur nous promène dans la Suède de 1650, où le philosophe va achever sa vie auprès de la reine Christine. Il souffre du froid, de maladie, de l’hostilité des luthériens qui croient qu’il travaille, poussé par les Jésuites, à la conversion de la souveraine. Nous revenons sur la vie du philosophe, né en 1596, qui a introduit la rationalité dans la pensée, tout en choisissant le métier des armes. A Neubourg, en Allemagne, il rencontre un mystérieux alchimiste, membre de la Rose+Croix, qui va influencer sa vie. Descartes meurt, peut-être empoisonné, victime de l’intolérance.

Chez Robert Laffont, le Barcelonais Ildefonso Falcones publie un vaste roman « La reine aux pieds nus ». A Séville, en 1748, Caridad, esclave cubaine affranchie, est abandonnée à son sort. Elle se lie d’amitié avec Melchor, le vieux gitan, et surtout avec Milagros, sa petite-fille, une femme qui tente de se libérer de la pesanteur des lois gitanes et des persécutions des Espagnols. Vicitme née, Caridad va apprendre, avec difficulté, le chemin de la liberté.

C’est la douleur et l’abandon des colons, lancés sans préparation sur la terre algérienne recemment conquise, que décrit Mathieu Belezi dans « Un faux pas dans la vie d’Emma Picard », paru chez Flammarion. A la fin des années 1860, Emma s’intalle avec ses quatre fils, sur une terre offerte par le gouvernement. L’espoir d’une vie meilleure va vite se transformer en tragédie ; le cri de l’héroïne va s’inscrire en nous, pour longtemps.

Chez Gallimard, l’académicien Jean-Marie Rouart nous livre « Ne pars pas avant moi », un roman autobiographique qui tente de percer les mystères de la destinée et dit la douleur du deuil et des échecs de l’existence. L’adolescence timide et maladroite, les amours fragiles et corrosives, les premiers ouvrages refusés par les éditeurs. Comment passe-t-on de l’échec au succès ? Y-a-til seulement un sens dans tout cela, ou un mérite ? Peut-on guérir des blessures de jeunesse ?

Les éditions Plon publient deux ouvrages remarquables dans la même collection. Le « Dictionnaire amoureux du Liban », sous la plume d’Alexandre Najjar, nous livre les mystères de ce petit pays, très attaché à la France qui l’a créé sur les ruines de l’ancienne civilisation phénicienne, et sur la richesse de ses nombreuses communautés religieuses, qui en font le charme, et la fragilité. C’est Jean-Loup Chiflet qui a rédigé le « Dictionnaire amoureux de la langue française ». Nous voguons de mots en locutions, de français de souche aux écrivains convertis (car un écrivain habite avant tout une langue, qui est sa principale nationalité).

 

JEAN-LUC AUBARBIER.

 

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