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by • 16 octobre 2020 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor Sarladais du 16 octobre 2020.63

Essor Sarladais du 16 octobre 2020.

RETOUR DU CATHOLICISME.

Le Tour des Livres.

  La rentrée littéraire 2020 marque le retour du catholicisme en littérature. A commencer par cet excellent premier roman « Bénie soit Sixtine » que la journaliste Maylis Adhémar signe chez Julliard. Sixtine est une jeune femme élevée dans une famille catholique intégriste. Malgré les troubles habituels de l’adolescence, elle n’a jamais remis en cause son éducation. Après une rencontre arrangée, elle épouse Pierre-Louis Sue de La Garde, beaucoup plus intégriste qu’elle. Il est membre d’une milice d’extrême-droite, les Frères de la croix, et s’efforce de vivre en tout point une foi de croisé, violente et incontestable. Pour ce petit groupe qui affiche un sentiment de supériorité, le monde se divise entre eux et les païens. En fait, Sixtine est enfermée dans sa belle-famille comme dans une secte. Tout devient pire quand elle tombe enceinte. Car selon les pratiques du groupe, le sexe doit rester sans plaisir et ne servir qu’à engendrer. Quant à la femme, elle doit accoucher dans la douleur. Pourtant toutes les familles ont leur secret inavouable. Agnès, la plus jeune sœur de Pierre- louis, vit « dans le pêché ». Quant à Muriel, la très rigide mère de Sixtine, elle est née au sein d’une famille de hippies, et même pire… Pour Sixtine, la fuite est la seule solution. Mais cela n’est pas si facile quand on a été formatée. Un premier roman au style fin et délicat, non dénué d’une pointe d’humour.

C’est au sein d’une famille catholique bien plus normale qu’est née Hélène, l’héroïne du beau roman de Véronique Olmi, paru chez Albin Michel « Les évasions particulières ». Le père instituteur, la mère au foyer offrent à leurs trois filles une vie modestement heureuse. Mais dans les années 70, les jeunes aspirent à autre chose. Sabine, l’aînée, veut monter à Paris pour être comédienne. Mariette, la benjamine, secrète et musicienne, observe tous les manèges de la société. Hélène, la cadette, à la chance de vivre sous deux régimes familiaux différents, entre ses modestes parents, et son oncle et sa tante, bourgeois à Neuilly. Elle découvre que l’on peut protester, contester, ne pas accepter de rester dans l’avenir tout tracé pensé par les siens. Elle s’autorise à vivre, à choisir sa place, à se tromper même, mais ce sera son erreur bien à elle. C’est tout une génération de femmes qui veut choisir son destin, être mère ou non, travailler où l’on veut, être heureuse et libre. C’est la génération des « femmes libérées » chantée par Cookie Dingler.

C’est également une jeune femme catholique que rencontre Jean Cosmo, le héros de « Paula ou personne », le roman de Patrick Lapeyre paru chez P.O.L. Une passion amoureuse les réunit mais Paula est mariée et mène une vie facile et bourgeoise. Elle se retrouve prise dans un dilemme cruel, entre sa morale chrétienne et le plaisir de l’orgasme. Jean, célibataire et libre, travaille au tri postal et gagne mal sa vie. Passionné par la philosophie d’Heidegger, il veut initier Paula à la problématique de l’Etre et à la quête de la Présence, afin d’échapper à l’éducation chrétienne. Progressivement, il se sent habité par un étrange sentiment de vulnérabilité. Quant à Paula, elle va constater l’impossibilité de vivre deux existences antagonistes.

Chez Stock, Etienne de Montety s’est inspiré de la figure du père Hamel, égorgé par des islamistes, pour écrire « La grande épreuve ». Son héros, le père Tellier, est « le type de prêtre dont le Christ a besoin pour porter son feu au monde ». Dans un univers où même les croyants se détournent de la religion, sa foi que n’épargne pas le doute, réchauffe les cœurs indécis. Mais il va croiser la route de jeunes qui ne doutent pas, malgré leur ignorance, et qui vont l’assassiner. Où est la vraie foi ? s’interroge l’auteur. Quel rapport devons-nous avoir avec la Vérité ?

Les éditions Robert Laffont et la librairie Mollat à Bordeaux se sont associées pour publier, en deux tomes, dans la prestigieuse collection Bouquins, le « Bloc-notes » de François Mauriac. Plus qu’un journal, il permet de situer dans les évènements de l’époque 1952 – 1970, la pensée de ce catholique influent. Si l’on peut ne pas partager toutes ses opinions, il faut reconnaître du panache et de la lucidité à celui qui, avant les autres, a su s’opposer à Franco, Hitler, Pétain, au colonialisme et à la torture. Selon les mauriaciens, on ne peut plus lire de François Mauriac que son « Bloc-notes », même si je reste attaché à son univers romanesque (Thérèse Desqueyrous, Le mystère Frontenac, Le sagouin).

                                                                      Jean-Luc  Aubarbier.

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