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by • 14 mars 2015 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur ESSOR SARLADAIS du 13 mars 2015.1608

ESSOR SARLADAIS du 13 mars 2015.

couv trois langues dans ma bouche

TROIS LANGUES DANS MA BOUCHE.

Le Tour des Livres.

 

C’est un premier roman merveilleusement poétique et vivant que nous propose le Bayonnais Frédéric Aribit avec « Trois langues dans ma bouche », publié chez Belfond. Dans ce roman d’apprentissage, l’auteur raconte son enfance au Pays Basque et la quête de son identité. Comme la plupart d’entre-nous, il est né avec deux langues : son langage maternel, le français, et cet organe sensuel qui sert à manger, à lécher une glace, à apprécier la nourriture, puis à manifester son désir amoureux. Mais il existe une troisième langue, le Basque, qui l’entoure, chez ses grands-parents, ses camarades de classe, et qu’il doit apprivoiser. Pas commode, cette troisième compagne, qui ignore les racines latines et se prêtent volontiers aux manifestations politiques, dérivant parfois vers la violence. C’est une musique intime et un parfum d’étranger, venu d’Espagne ; elle rythme les fêtes, les enterrements. Elle va aider le jeune Frédéric à devenir adulte. Cette langue basque qu’il n’a apprise ni avec ses parents, ni à l’école, il va la conquérir par la littérature.

A la Table Ronde, Michel Bernard nous fait découvrir un aspect méconnu du musicien dans « Les Forêts de Ravel ». A 41 ans, en 1916, Ravel s’engage comme conducteur d’ambulance, après avoir achevé son « Trio en la majeur ». Il est chargé de conduire jusqu’aux hôpitaux les hommes broyés par l’offensive militaire de Verdun. Jusqu’à la fin de ses jours, il entendra l’abominable cacophonie de la guerre, « l’énorme concerto du front », à travers les plus purs accords. Parfois, aux hasards d’un repos, il offre aux hommes brisés, aux médecins, aux infirmières, la beauté de sa musique : un instant de paradis au cœur de l’enfer. Un roman magnifiquement écrit, où la poésie des hommes et celle de la nature semblent interrompre le carnage,  qui nous révèle une expérience déterminante.

Il est aussi question d’art dans le subtil roman de Michelle Tourneur, publié chez Fayard, « Cristal noir », mais d’une harmonie de parfum, de goût, de portraits. Dans le Paris des années folles, Pearl prépare pour un éditeur new yorkais un ouvrage illustré sur la gastronomie française. Dans un univers Art Déco, Charles-Henri Chelan, le chef, joue du  ‘piano’ dans sa cuisine, c’est-à-dire qu’il confectionne de véritables chef d’œuvre culinaires. Pearl se sent irrésistiblement attirée par cet homme étrange qui recherche le sublime dans son art.

La peinture préside au roman de Carole Fives, « C’est dimanche et je n’y suis pour rien », paru chez L’Arbalète-Gallimard. Léonore a cessé de peindre pour enseigner. A 40 ans passés, elle n’a pas créé le chef d’œuvre dont elle rêvait. Du jour au lendemain, elle abandonne tout et s’envole pour le Portugal, où elle a vécu son premier et tragique amour. Ce pèlerinage aux sources de sa culture et de ses sentiments lui apportera la paix nécessaire à la création, tout en évoquant avec pudeur et sensibilité, le destin ordinaire d’une famille d’immigrés.

Après une longue période de silence, le Péruvien Alfredo Bryce-Etchenique (auteur de l’excellent « Julius ») revient à la littérature avec « Une infinie tristesse », publié chez Métailié. Explorant l’arbre généalogique d’une famille de l’aristocratie péruvienne, propriétaire de terres immenses, dépensière et frivole, il nous raconte la fin de la dynastie De Ontaneta, et les dernières années du patriarche Tadeo. Suicides, crimes, mariages incestueux, rien ne sera épargné à la famille liménienne.

Chez Calmann-Lévy, la journaliste Emmanuelle Friedmann nous fait entrer dans l’intimité conflictuelle d’un père et de son fils, avec « L’Orphelinat ». En 1929, Olivier n’a qu’une idée en tête : fuir l’orphelinat de la Victoire où il a été placé après la mort de ses parents. Il refuse de croire à leur disparition. Au même moment à Douarnenez, le dirigeant d’une conserverie tente en vain de retrouver la  trace de son fils Max, avec lequel il a rompu tout contact quand il a épousé une simple ouvrière. Il semble que le couple ait totalement disparu.

 

JEAN-LUC  AUBARBIER.

 

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