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by • 11 février 2016 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur ESSOR SARLADAIS du 12 février 2016.1328

ESSOR SARLADAIS du 12 février 2016.

 

couv mariages de saison

 

CINQ MARIAGES SANS ENTERREMENT.

Le Tour des Livres.

 

Chaque roman de Jean-Philippe Blondel est un délice. « Mariages de saisons », publié chez Buchet-Chastel, ne déroge pas à la règle. Corentin, malgré ses 27 ans, a adopté un style de vie un peu vieillot, pétri d’habitudes. Dépressif et solitaire, il ne sait quel chemin emprunter dans sa vie. Six mois de l’année, à la belle saison, il travaille avec Yvan, son parrain, à réaliser des reportages sur des mariages. Bien sur, il rêve en secret d’être un jour l’élu d’une femme qu’il aimerait. La fonction de vidéaste éveille les confidences ; Corentin filme l’intimité, l’intériorité de chaque candidat à cet évènement primordial et désuet. Et il en voit des vertes et des pas mûres ! Le marié timide, qui s’enfuit le jour des noces, la mariée qui sélectionne un homme comme on choisit un meuble, celle qui veut se donner à lui avant de s’enfermer pour la vie. Peu à peu, c’est une étude sur le couple et une sociologie du mariage qui s’étale devant nous, traitées avec finesse et précision. En même temps que « Mariages de saisons », Jean-Philippe Blondel sort chez Pocket son roman « Un hiver à Paris ».

Chez Anne Carrière, Sibylle Grimbert  publie « Avant les singes ». Suspense et humour sont au rendez-vous de ce roman perturbant qui, lui aussi, s’appuie sur une journée particulière dans la vie d’un couple. Sabine pensait partager la gloire de son mari qui, dans un hôtel perdu dans la montagne, devait recevoir un prix prestigieux pour sa dernière invention. Cette victoire qu’elle partagerait serait une revanche sur une existence médiocre. Mais rien ne se passe comme prévu. Sa redoutable mère s’est invitée à la fête. De plus, une femme inconnue semble devoir occuper le premier rang. Le malaise qui s’empare d’elle, gagne aussi les autres invités, surtout lorsque les portes se referment et qu’ils se retrouvent tous prisonnier.

C’est un récit littéraire en forme de thriller psychologique que nous propose Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire au Monde, avec « La Déposition », paru chez L’Iconoclaste. Car « La Déposition » n’est pas un roman, mais la véritable histoire de Maurice Agnelet, condamné en 2014 à vingt ans de réclusion pour le meurtre de sa maitresse Agnès Leroux, disparue trente-sept ans plus tôt. Une affaire où il n’y a ni cadavre, ni aveux, mais l’entêtement d’une mère à démasquer celui qu’elle accuse du meurtre de sa fille. Puis le coup de théâtre qui survient lors de l’audience, lorsque le fils de l’accusé vient briser devant les jurés un terrible secret de famille. Un drame qu’aucun romancier, aucun cinéaste, n’auraient osé imaginer.

Chez Julliard, Sophie Brocas aborde le coté taiseux des hommes, et leurs difficultés à exprimer leurs sentiments, dans « Camping-Car ». Trois sexagénaires, amis depuis toujours, décident d’une virée en camping-car. Mais des non-dits se sont accumulés tout au long de leurs existences. Chacun traine ses blessures. Francis a brutalement perdu son emploi ; Alexandre se sent ignoré depuis que son épouse se consacre entièrement à son travail ; Jean, séducteur endurci, vient de tomber amoureux. Ils sont à la croisée des chemins, à un tournant de leurs vies. Au fil de la route, les langues s délient ; chacun va confier aux autres ce qui le trouble. Un roman à la fois drôle et délicat, sur un âge difficile.

Musicien, cinéaste, écrivain, Louis Chedid reprend la plume pour nous livrer « Des vies et des poussières », chez Calmann-Lévy. Sur un ton drôle et tendre, ce sont des fragments de vies, des bribes d’existence où quelque chose se grippe, se casse, se disloque. Au fil des seize nouvelles, l’absurde le dispute à l’humour pour nous distiller de petites morales. Louis Chedid cultive avec talent un art certain de la chute.

Autre novelliste, Laurent Guillemot publie chez de Fallois, « Les Chemins d’escampette ». Vingt-quatre histoires qui commencent par « Il y a des contes qui sont si merveilleux que même les adultes se surprennent parfois à y croire. » Elles ont toutes pour cadre un même village français, à l’écart du monde. On y voit évoluer un groupe d’hommes qui, le plus souvent, subissent leur destin et culpabilisent de leur impuissance. Le narrateur lui-même n’est pas étranger à l’histoire.

 

JEAN-LUC  AUBARBIER.

 

 

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