La Fêlure, Charlotte Casiraghi, Julliard.
Quand on est la petite-fille de Grace Kelly, la fille de Caroline de Monaco, on est souvent réduite à une image, un cliché sur papier glacé. Avec « La fêlure » , paru chez Julliard, Charlotte Casiraghi révèle tout son talent de philosophe pour nous dire combien les livres, pour consolateurs qu’ils soient, révèlent les blessures, les fêlures cachées derrière les apparences sociales. C’est particulièrement vrai chez les grands écrivains qui se dévoilent dans leurs œuvres. Le manque d’énergie, d’élan vital, chez Scott Fitzgerald, se dissimule derrière l’amour inépuisable et infini. L’absence de confiance en soi et en l’autre transparait chez Colette, bien qu’elle maquille son chagrin. Ils pourraient concerner tout un chacun, mais l’art révèle la fêlure. Balzac, mieux que tout autre, a su dire le poids d’un enfant non-désiré, pas assez aimé, Duras, le vieillissement du corps qui abandonne la lutte. Pavese parle de la tentation du suicide, avant de passer à l’acte, Anna Akhmatova, du deuil, de la perte d’un être cher, avec le langage poétique comme planche de salut. Ingeborg Bachmann dira le prix de la vérité, et George Sand saura garder sa lucidité sans renoncer à l’exaltation des sentiments. L’auteure achève sa recension avec Pascal pour qui la fêlure est la condition même de la vie humaine. Il faut voir l’humain tel qu’il est.
Jean-Luc Aubarbier, écrivain.

Festival Joséphine Baker aux Milandes, 27 et 28 juin 2026. Article suivant