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by • 19 juin 2026 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor sarladais du 19 juin 2026.12

Essor sarladais du 19 juin 2026.

La poésie est une arme chargée de futur.

Le Tour des Livres.

    Avant toute polémique, il convient de lire « La Légende » que Boualem Sansal vient de publier chez Grasset. Emprisonné pendant un an sans motif par le gouvernement algérien, l’auteur qui a reçu la nationalité française, livre un témoignage et une analyse taillés dans le vif. On y découvre un homme qui aime profondément son pays natal, et qui se désole de le voir plonger dans une dictature absurde. On peut lire sa douleur morale, tout autant que les souffrances physiques d’un homme âgé et malade, un homme humilié, spolié et enfermé. On y voit également la détermination de celui qui est prêt à donner sa vie pour la défense de son idéal. Arrêté, interrogé, il se retrouve au bord de la mort. Ce qui va le sauver : les poèmes qu’il se récite chaque jour pour garder un contact avec la langue française, sa véritable demeure (car toute lecture et toute écriture lui sont interdites). Rappelons que Boualem Sansal est un scientifique, un laïc qui revendique le droit de ne pas avoir de religion. Comme tous ceux qui dénoncent l’islam radical et politique, il doit être condamné. Il est le frère de Salman Rushdie, frappé par une fatwa, de Kamel Daoud, condamné à la prison à cause de « Houris » (prix Goncourt). La littérature effraie les dictateurs. Soljenitsyne nous avait ouvert les yeux sur le goulag soviétique, Boualem Sansal tente de faire de même sur les dangers de l’islamisme et il se désole devant l’indifférence des Occidentaux. Avec une écriture douce et impitoyable, une dérisoire amertume, un humour grinçant et désespéré, il nous alerte. N’oublions pas que le mot « légende » vient du latin « legenda » : ce qui doit être lu. Boualem Sansal sera présent au salon Joséphine Baker qui se tiendra aux Milandes les 27 et 28 juin. 

Salman Rushdie, justement, après le terrible attentat qui a failli lui coûter la vie, revient à la littérature avec « La Onzième Heure », paru chez Gallimard. Lui qui, avant chaque journée de travail, se récite un poème pour accéder au must de l’écriture, nous propose un recueil de cinq nouvelles bercées de magie et de contes, autour de la fonction de l’écrivain dans la société. Est-il un oracle, celui qui comble les absences, celui qui dit le vrai à travers des métaphores ? Pour lui, la littérature est le royaume du doute, du questionnement ; elle ne donne pas de réponse, mais pose les bonnes questions.

Des questions, le roman « Ibiza a beaucoup changé » que Frédéric Beigbeder publie chez Albin Michel, en est garni. Avec son héros, son double, Octave Parango, nous revivons les « 30 heureuses » (1960 – 1990) qui se sont superposées aux « 30 glorieuses » (1945 – 1975), années de reconstruction d’après-guerre. Les troisième millénaire s’annonce bien triste.

Chez le même éditeur, Marc Dugain, spécialiste de la politique fiction, publie « Submersion », les confessions d’un président de la république anonyme et essoufflé, devant une démocratie assiégée, tant de l’intérieur que de l’extérieur.

                                                                                 Jean-Luc Aubarbier.

Le titre de cette chronique est emprunté à Gabriel Celaya, poète républicain espagnol.

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