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by • 13 septembre 2018 • Mes livres, Nouveautés, Romans et nouvellesCommentaires fermés sur LE CHEVALIER DU SOLEIL35

LE CHEVALIER DU SOLEIL

LE CHEVALIER DU SOLEIL.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le chevalier du soleil – une aventure de monsieur de Montaigne.

Paru aux éditions de Borée le 13 septembre 2018.

Diffusion Sodis – Gallimard.

Auteur : Jean-Luc Aubarbier.

Ouvrage disponible. Prix: 19,90 euros.

Résumé.

Alors que les guerres de Religion, entre partisans du roi (catholiques modérés), de la Ligue, dirigée par le duc de Guise, et les huguenots sous les ordres d’Henri de Navarre, font rage après la Saint-Barthélemy, des hommes de bonne volonté se rassemblent pour tenter de faire la paix. Alchimistes pour la plupart, ils se regroupent sous le nom de « chevaliers du soleil » et se mettent sous les ordres du sage Michel de Montaigne. Catholique, ami du protestant Henri de Navarre, Montaigne l’exhorte à rejoindre la religion papiste pour pouvoir régner sur la France. La brillante cour de Nérac, où brille la sulfureuse reine Margot, épouse de Navarre, rassemble poètes, philosophes et kabbalistes de tout bord. La mort menace même sous le toit du roi, malgré l’habileté de Louis d’Artagnan, meilleur lame de l’armée protestante. Montaigne échappe de peu à un attentat mené par les tueurs de la Sainte Justice, aux ordres du roi d’Espagne et de la Sainte Ligue. Le redoutable Miquelete, leur chef, a déjà assassiné Etienne de La Boétie, ami de Montaigne et fondateur des chevaliers du soleil. Montaigne a alors une idée d’une folle audace: entreprendre un voyage en Italie, rencontrer le pape Grégoire XIII à Rome, organiser la rencontre du saint père avec les rois huguenots Henri de Navarre et Guillaume d’Orange et négocier la paix des religions en plaçant catholiques et protestants sous l’autorité du pape qui garantirait la liberté de culte. Montaigne a dans ses bagages une arme redoutable, un livre révolutionnaire « les Essais » qui affirme que l’homme s’oblige à la tolérance car toute vérité définitive lui est inconnue. Pensée scandaleuse dans ce siècle intolérant. Sur la route de Rome, qui passe par la Picardie, Montaigne va rencontrer l’ultime amour de sa vie: Marie de Gournay, jeune femme philosophe et alchimiste qui tombe éperdument amoureuse de lui. Déguisée en homme, elle devient le mystérieux secrétaire de ce voyage à hauts risques. Un roman qui sonne étrangement vrai dans notre monde moderne.

L’ouvrage est préfacé par Anne-Marie Cocula, spécialiste de Montaigne.

 

 

 

 

 

 

Extrait 1.

Margot laissa éclater son rire d’enfant et plongea dans le regard de Montaigne ses yeux de source, brillants d’excitation.

-Vous usez de la raison pour nous dire de nous méfier de la raison. Quel merveilleux philosophe vous faites! Et le plus agréable des compagnons!

-Faites-moi l’aumône d’une faveur: laissez-moi vous dédier cette apologie, madame, dit Michel en lui baisant la main.

Elle s’éloigna en minaudant: Impossible, monsieur de Montaigne, cela ferait jaser. Songez seulement à ce que vont penser les autres en nous voyant nous éloigner seuls dans les bois!

Son rire cristallin fit s’envoler un couple d’alouettes. Tout son être disait combien elle se moquait de sa réputation.

-Alors je dédierai mon livre anonymement, à la plus belle et la plus rayonnante des princesses, pour qu’elle conduise son époux aux bornes du discernement.

D’un geste de la main, Margot arrêta son discours : Regardez !

Un splendide cerf à la ramure prodigieuse se tenait devant eux. Il humait l’air, la narine frémissante, la tête haute, dans la plus noble des attitudes. On eût dit un prince en son royaume de verdure, puissant et admirable. Un léger tremblement agitait la surface de son pelage roux. Les deux amis le regardaient, émerveillés, retenant leur respiration pour ne pas l’effaroucher. Brusquement, répondant à quelque appel, il s’enfuit au galop.

Margot se retourna vers Montaigne, la peau frissonnante comme un gage de désir, l’enveloppant d’un regard de fauve, semblant prête à se jeter sur lui.

-Comme j’aimerais vous aimer, monsieur de Montaigne, dit-elle en lui effleurant la joue de la main. Si vous étiez plus grand, plus beau, plus jeune, quel couple nous formerions !

Michel avait sentit son corps tressaillir quand Margot, se penchant sur lui, l’avait embrassé, avant de s’éloigner dans un rire, en lui récitant un poème érotique de sa composition.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait 2.

Tandis qu’il regagnait son hôtel dans le coche mis à sa disposition par le cardinal et que conduisait Carmagnole, Montaigne constata que l’ambiance , dans les rues de Rome, avait changé. L’air y était mauvais, sournois, violent. On y entendait des cris hystériques, des propos apocalyptiques, des appels au meurtre. Le long du Cours, une longue rue qui traversait la ville, il vit une foule qui pressait devant elle une douzaine de Juifs de tous âges et des deux sexes, que l’on obligeait à courir, par jeu cruel. Les vieillards qui tombaient les premiers étaient piétinés, roués de coups. Soudain, il reconnut le rabbin Montefiore, son « frère d’alliance » qui l’avait si bien accueilli quelques semaines plus tôt. Avec l’aide du cocher qui fit grand usage de son fouet, il parvint à le dégager et à le mettre à l’abri dans sa voiture dont il tira les rideaux de cuir. L’homme, hagard, tremblait de tous ses membres; ses yeux plein de peur ne semblaient même pas reconnaître son bienfaiteur avec qui il conversait peu de jours auparavant.

-Pourquoi font-ils cela ? Pourquoi célèbrent-ils leur Dieu d’amour dans la haine ? Nous sommes juifs, mais… n’avons-nous pas des yeux, des mains, un corps, comme le leur, fait pour aimer et souffrir à l’identique ?Ne savons-nous pas rire comme eux et mourir comme eux ?

Il semblait que ce peuple romain, joyeux et tout à la fête quelques jours plus tôt, se soit métamorphosé, par quelque maléfice, en une bête aux mille bras, féroce et prédatrice, une bande de gueux qui n’aspirait qu’au crime.

……..

Le Jeudi saint au matin, Grégoire XIII apparut au second étage du porche de Saint-Pierre, assisté de plusieurs cardinaux. Brandissant un flambeau allumé dans sa main droite, il proclama d’une voix forte une bulle latine, une longue liste d’excommuniés, que le cardinal Gonzague traduisit sur le champ en italien. … Leur sort ne laissa guère de doute quand le pape, sa lecture faite, jeta parmi l’assistance la torche enflammée. Se battant à coups de poing pour s’en approcher, la foule alluma à ce feu sacré les flambeaux éteints qu’elle avait apportés. Ce fût une grand forêt de flammes qui reçut la bénédiction publique, puis qui se dispersa en criant dans les rues de Rome, à la recherche des bannis.

église Sain-Michel-de-Montaigne.                Le pélican alchimique sur l’église.   La tour de la « librairie », athanor où Montaigne écrivit les Essais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La barbacane, jamais gardé, du château de Montaigne. Coffre à bagages du voyage en Italie. Les devises grecques et latines gravées par Montaigne sur

les poutres de sa « librairie ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait 3.

Par centaines, des corps parfaitement conservés étaient couchés côte à côte dans de petites fosses. Malgré la poussière blanche qui les recouvrait, leur donnant l’aspect de spectres, on pouvait distinguer les traits de leur visage, la forme de leur corps. Certains, en moins bon état, ricanaient de leur face de squelette……

-Quand il sut qu’il ne pourrait jamais s’emparer de la place, le grand inquisiteur prit une terrible décision. Il fit murer la grotte, condamnant tous les réfugiés à mourir de faim, dans un désespoir obscur. Les cathares vécurent de longues semaines, occupés à prier pour leur salut, buvant l’eau fraîche des sources souterraines, rationnant leurs maigres vivres, s’éteignant les uns après les autres en pardonnant à leurs bourreaux. Je plains seul celui qui est parti le dernier……

Henri s’était approché d’une fosse; une jeune fille y reposait dans la splendeur de ses éternels vingt ans, ses longs cheveux noirs tombant sur sa robe de laine. Elle était à peine adulte; elle avait deux siècles, elle ressemblait comme une soeur à celle que, la veille, il avait relevé de sa peur et tenue dans ses bras. Il voulut la toucher, mais à peine l’effleura-t-il de ses doigts que son visage et tout son corps se réduisirent en poussière. Il ébaucha un signe de croix.

Rejoignant ses camarades médusés, il s’empara d’une torche brandie par un cagot, l’éteignit dans un gour en déclarant: je veux que l’on sache désormais que le roi reconnait votre peine et votre martyre. Il ne sera pas dit que Navarre restera muet devant cette infamie.

De la pointe noircie du flambeau, Henri laissa sur la muraille, pour les siècles à venir, la trace de son passage: « Deo Rex, roi de Navarre, comte de Foix, 1578.

 

Château de Nérac et maquette, siège de la cour d’Henri de Navarre. Monument de Fleurette qui se noya dans la Baïse en apprenant le mariage d’Henri de Navarre avec Margot.

 

 

 

 

 

 

 

Conclusion.

 

 

 

 

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