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by • 10 décembre 2022 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor Sarladais du 9 décembre 2022.126

Essor Sarladais du 9 décembre 2022.

ECRIVAINS VIEILLISSANTS.

Le Tour des Livres.

Paru chez Robert Laffont, « Le Résident », deuxième roman d’Elsa Vasseur, est un petit bijou de lecture. Ecrivain en perte de vitesse, Jacques accepte de participer à une résidence d’auteur dans un village perdu de l’état de New York. Il vient d’avoir 48 ans, et est obsédé par l’image de sa mère, suicidée au même âge. Cet éloignement devrait lui permettre de faire le point sur son couple qui bât de l’aile. Il se retrouve enfermé avec cinq autres romanciers, dont Solen, une française qu’il considère comme une rivale, une essayiste américaine, un journaliste anglais, un poète indien et Cheyenne, une jeune iranienne avec qui il va nouer une aventure. Tous s’épient avec méfiance, s’observent, s’évaluent tandis que l’alcool coule à flot. Qui est ce mystérieux rodeur qui tourne autour de la maison ? Peut-être une hallucination. Les petites vies et les petites misères des créateurs s’étalent au grand jour. Incapable d’écrire, Jacques pousse loin son dégoût de l’existence et ses remontées de l’enfance, semblables à des nausées. L’atelier d’écriture comme psychanalyse suprême, dans un style élégant, rond et agréable. 

Le prix Renaudot 2022 a été décerné à Simon Liberati pour son excellent roman « Performance » publié chez Grasset. Le narrateur est un vieil écrivain en panne. La commande d’un scénario sur les Rolling Stones (alors qu’il méprise le milieu de la télévision) vient le relancer miraculeusement. Liberati nous entraine dans une double narration. Cinquante ans plus tôt, Keith Richards, Mick Jagger, Marianne Faithfull ont été arrêté pour possession de drogue. Brian Jones mourra deux ans plus tard, en 1969. Revigoré un temps, l’écrivain septuagénaire entreprend une liaison avec Esther, la fille de son ex-compagne, âgée de 23 ans. Ces amours sans avenir brillent d’un feu crépusculaire. « Jamais plus elle ne serait aussi séduisante qu’en ce moment et elle offrait ses lys et ses roses à un vieux desperado désargenté, édenté et parfois saoul. » Une écriture maitrisée et fine nous parle d’un relâchement des mœurs vieux de cinquante ans, et de la débâcle intellectuelle et physique d’un vieux créateur. 

« Asymétrie », premier roman de l’Américaine Lisa Halliday, initialement publié chez Gallimard, vient de paraitre en poche chez Folio. Alice, une jeune éditrice, rencontre dans un parc de New York Ezra Blazer, un vieil écrivain. Il a l’âge d’être son grand-père, mais ils entament une relation amoureuse et charnelle, faite de jeux, de tendresse, sans négliger le réalisme. Pour lui, c’est une aventure vivifiante, pour elle, elle devient déterminante et expérimentale. C’est une relation asymétrique, tout comme les guerres modernes, qui opposent technologie et guérilla. Justement, nous suivons en parallèle Amar, qui tente de rejoindre sa famille en Irak ravagé par l’offensive américaine…

Pour découvrir les joies des résidences d’auteurs, rien de mieux que le roman de Serge Joncour, notre voisin lotois, avec son roman « L’écrivain national » paru chez Flammarion, puis en poche chez J’ai Lu. De l’humour et une intrigue policière pour raconter cet écrivain parisien perdu dans la campagne corrézienne.

                                                                             Jean-Luc  Aubarbier.

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