MENU

by • 7 avril 2014 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor Sarladais du 4 avril 20141838

Essor Sarladais du 4 avril 2014

DANS LA GUEULE DE LA BÊTE.

Le Tour des Livres.

 

Chaque nouveau roman d’Armel Job est un régal ; son style précis comme un scalpel n’a pas son pareil pour dénoncer le mal ordinaire et les grandes conséquences des petites mesquineries. « Dans la gueule de la bête », publié chez Robert Laffont, nous ramène en Belgique à l’époque de l’occupation allemande. Un réseau catholique, animé par le dynamique abbé Muller, cache des familles juives traquées par les Nazis. Volko, le père, se retrouve chez une logeuse sympathique dont la fille, Angèle, a besoin d’argent pour se marier. Fannia, la mère, joue le rôle de l’employée de maison de maitre Desnoyer, le très catholique notaire, en proie à de troubles désirs. Son épouse est aussi généreuse que jalouse. Hannah, leur fille, est hébergée chez des religieuses dont certaines rêvent de la baptiser. Oscar, l’ancien séminariste devenu clerc, est chargé d’une mission bien trop difficile pour lui. Baumann le collabo et Rank le S.S. rodent autour d’eux, avec tout l’appareil de répression nazi. On sent le drame proche.  Qui va trahir ? Qui va dénoncer ? Dans l’univers d’Armel Job, il n’y a pas de vrais salauds, ni de grands héros, juste des humains ordinaires, piégés par une époque trop grande pour eux.

Chez Belfond, « Murmurer à l’oreille des femmes » est le beau titre du recueil de nouvelles signé Douglas Kennedy. Douze nouvelles qui déclinent l’amour et la solitude, la possibilité de changer de vie, le hasard des rencontres, les choix qui s’offrent à nous, l’art de la fuite. Les crises familiales sur fond de crise internationale, le vide de l’existence que révèle l’union de deux bourreaux de travail, l’aveuglement volontaire se mêlent habilement au traditionnel discours amoureux.

Il est aussi question d’une longue solitude dans le roman « La vie en marge » que Dominique Barberis publie chez Gallimard. Un homme arrive de nuit dans un hôtel situé dans une petite ville de montagne. La narratrice observe l’étrange manège de ce Richard Embert qui a été lié, autrefois, avec une femme de la ville. Pourquoi, Michelle, employée dans une bijouterie, a-t-elle disparu, ce dernier jour du millénaire ? Un beau style, entre Je et Il, pour traverser ce petit monde montagnard et hivernal.

Dans la toute nouvelle collection de romans historiques « L’Histoire en roman » publiée chez Plon, Patrick Anidjar nous propose « Le trompettiste de Staline ». Fils de parents communistes, le journaliste Gabriel Linhard apprend qu’il est en fait l’enfant d’un musicien et d’une danseuse, tous deux juifs, qui se sont réfugiés à Moscou pour fuir le Nazisme. Staline ayant décrété le jazz, ‘art dégénéré’, Elsa, enceinte de Gabriel, disparait dans les caves du NKVD tandis qu’Izzy, envoyé au goulag, se laisse mourir. Il lègue sa trompette à son fils à venir.

Ne quittons pas le ‘petit père des peuples’ avec « La Berceuse de Staline », de Guillaume Prevost, publié chez NIL. L’inspecteur Simon enquête, à Paris, sur l’assassinat d’un ancien agent des services secrets du tsar. En ce printemps 1920, alors que les démocraties et la toute jeune URSS se font la guerre, il doit gagner l’ancienne Russie pour y poursuivre son travail. Là-bas, il y a Elsa, qu’il aime et qui porte son enfant. Il a pour guide un texte codé sous la forme d’une berceuse… L’auteur : un certain Staline.

L’Italienne Paola Predicatori nous propose un beau roman d’apprentissage avec « Mon hiver à Zéroland », publié aux Escales. A dix-sept ans, Alessandra ne peut supporter la perte de sa mère. De retour au lycée, elle se réfugie auprès de Zéro, le cancre lunaire et silencieux de la classe. Gabriele, de son vrai nom, va nouer avec elle une relation au-delà des mots et des gestes. C’est ce qui lui convient pour l’instant. Mais on ne peut, sans danger, passer toute sa vie à Zéroland ….. Juste le temps d’un deuil, le temps d’un hiver.

 

                                                                                      JEAN-LUC  AUBARBIER.

couv dans la gueule de la bête

Le Tour des Livres du 4 avril 2014.

 

Comments are closed.