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by • 16 septembre 2022 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor Sarladais du 16 septembre 2022.75

Essor Sarladais du 16 septembre 2022.

De Gaulle au moyen-âge.

Le Tour des Livres.

   Un premier roman attendu pour cette rentrée littéraire : « Le Chevalier solitaire », paru chez Plon, et signé par Yves de Gaulle, petit-fils du Général. Il a romancé l’histoire d’un ancêtre de la famille, Jehan, chevalier normand, à la fin de la guerre de Cent Ans. Jehan côtoie les plus grands, les plus célèbres : Charles VII, Jeanne d’Arc, Jacques Cœur, Côme de Médicis. Fidèle au roi de France, il est tout autant un soldat qu’un savant et se voit chargé d’une mission en Orient. Derrière ce personnage qui vit à une époque charnière, entre moyen-âge et Renaissance, on sent poindre celui qui, comme la Pucelle d’Orléans, sauva la France. « Je suis vieux, têtu, mais droit, regardant l’horizon plutôt que le pavé… J’ai trop hésité, n’étant jamais parvenu à choisir entre guerre et savoir, entre fidélité au roi de France et refus de complète vassalité, entre attachement à la terre des Lys et soif d’espace, entre esprit de chevalerie dépassé et puissante montée d’une autre morale, mieux tournée vers l’homme, entre soumission à la religion d’Occident et reconnaissance d’autres savoirs venus d’Orient. Ma vie n’a été au fond que grande errance. »

Après « Le mystère Jérôme Bosch », le romancier allemand Peter Dempf s’attaque à un autre monstre sacré avec « Le Mystère Caravage », paru au Cherche-Midi. Le Caravage a mauvaise réputation : il manie aussi bien l’épée que le pinceau, prend des prostituées pour représenter la Vierge, mène une vie dissolue. On comprend vite pourquoi il se retrouve en prison, puis se voit accuser d’hérésie par l’Eglise. Pour échapper à une condamnation à mort, il s’enfuit à Malte avec Nerina, sa maitresse. Celle-ci décide de mener son enquête, quand elle comprend qu’ils sont traqués par de mystérieux tueurs. Quel secret le peintre a-t-il dissimulé dans son célèbre tableau « Salomé avec la tête de saint Jean-Baptiste » ? Un jeu de piste passionnant et une réflexion sur le rapport entre l’artiste et l’ordre moral (songeons à Salman Rushdie).

Comme pour les aventures de Jehan de Gaulle, c’est à une époque charnière que se situe l’action du roman historique « Le Procès des rats », paru chez Gallimard sous la plume de Charles Daubas. Les rats sont des sujets du diable, porteurs de toutes les maladies. En 1510, l’évêché d’Autun leur intente un procès. Un jeune avocat prend leur défense. « Je demande que le rats puissent être entendus avant d’être condamné … Car il n’y a pas d’autre juge que Dieu. Et il ne nous revient pas à nous, ses créatures parmi les autres créatures, de dire à sa place lesquelles valent plus que les autres. » Un problème philosophique sur fond de disputes religieuses (la Réforme pointe son nez) et de restes de paganisme.

Ancien journaliste à Sud-Ouest, Yves Harté nous livre, avec « La Main sur le cœur », paru aux Passe-Murailles, un récit magnifique et troublant. Devant le tableau du Greco, « El caballero de la mano en el pecho », exposé à Tolède, il remarque une confusion dans les notes. Le modèle était-il un notable sage et obscur ou un aventurier du Siècle d’Or, espion de Philippe II ? En menant son enquête, Yves Harté en vient à confondre le personnage avec son ami, l’écrivain Pierre Veilletet. Un roman sur les rêves des hommes, qui meurent parfois de ne pas les atteindre.

                                                               Jean-Luc Aubarbier.

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