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by • 12 septembre 2014 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur ESSOR SARLADAIS du 12 septembre 20141781

ESSOR SARLADAIS du 12 septembre 2014

couv oona et salinger

UN AMOUR DE JEUNESSE.

Le Tour des Livres.

 

Avec « Oona et Salinger », paru chez Grasset, Frédéric Beigbeder nous fait vivre une première histoire d’amour qui a marqué le destin de deux personnages qui deviendront célèbres. En 1940, à New York, le jeune Jerry Salinger, qui rêve de devenir écrivain, rencontre Oona O’Neil, fille du dramaturge américain, prix Nobel de littérature Eugène O’Neil. Elle n’a que quinze ans, mais éblouie la jet set du moment par sa beauté. Dans une ambiance qui évoque « Gatsby le magnifique », le jeune inconnu ambitieux et l’adolescente en quête de père vont vivre une aventure intense et chaste, dans la tradition de l’amour courtois. Tandis que la guerre fait rage au loin, en Europe, la jeunesse américaine semble insouciante et vibre aux rythmes du jazz et du rock. Après Pearl Harbor, Salinger s’engage ; il participera aux combats, à la libération de Paris, tout en écrivant à celle qu’il aime et qui ne l’a pas attendu. Oona est partie en Californie où elle tente de devenir actrice, puis elle épouse Charlie Chaplin, qui a l’âge d’être son père. Elle sera la mère de ses six enfants. Elle mourra jeune, avec le sentiment d’avoir raté sa vie, tandis que Salinger devient célèbre avec un seul roman générationnel « L’attrape cœur » et finira misanthrope. Frédéric Beigbeder se met en scène dans cette histoire, en s’interrogeant sur son goût des femmes très jeunes et sa peur de la mort.

Avec « Le bonheur national brut », publié chez Albin Michel, François Roux nous interroge, lui aussi, sur le sens d’une vie réussie. En mai 1981, ils sont quatre amis à passer le bac dans un lycée de Bretagne. Tandis qu’éclate une nouvelle société, ils ont des rêves, des ambitions. Paul, le narrateur, se tient en dehors des évènements ; il cherche surtout à assumer discrètement son homosexualité. Rodolphe est le brillant révolutionnaire engagé politiquement, en compétition avec Tanguy, plutôt de droite, tenté par la réussite économique. Benoit est un je m’en foutiste absolu. Trente ans plus tard, que sont-ils devenus ? Paul est comédien peu connu, Rodolphe, député beaucoup moins engagé, Tanguy vit à Londres dans la City affairiste, Benoit est photographe. Leurs vies sentimentales sont globalement des échecs. Qu’ont-ils fait, dans cette comédie humaine, sinon réduire leur individualité à leur rôle social ?

Le Cherche-Midi publie « Portrait craché » le dernier roman de Jean-Claude Pirotte, décédé cette année. L’auteur y décrit la mort lente du corps, rongé par un cancer, tandis que la littérature est la seule à pouvoir le soulager. Quand la mémoire devient défaillante, le geste, fatigué, le plaisir des grands textes est là, et les livres se substituent aux souvenirs qui s’effacent. Une belle manière de démontrer que la poésie est liée au sens de la mort.

Chez le même éditeur, Patrick Wald Lasowski revient sur un épisode terrible de notre histoire avec « La Terreur », son premier roman. En mars 1793, tandis que la Révolution française bascule dans l’horreur irrémédiable, le commissaire Grand-Jacques, rongé par la maladie, s’interroge sur le devenir de son pays et sur ce sentiment qui fait plonger les gens ordinaires dans la violence. Il poursuit son métier en tentant de préserver pour lui d’agréables moments. Mais les meurtres successifs de cinq prostituées l’obligent à reprendre le collier. Cinq morts étranges, cinq mortes de trop au milieu du charnier vont relancer son désir de justice.

Chez Buchet-Chastel, le Brésilien Michel Laub publie « Journal de la chute ». Le narrateur revisite jusqu’à l’obsession trois catastrophes qui ont touché sa famille. Celle du grand-père suicidaire, rescapé d’Auschwitz, qui taira jusqu’au bout l’horreur des camps, celle de Joao, un jeune goy brimé par ses camarades de classe, enfin sa propre plongée dans l’alcool et la dépression. Un ouvrage époustouflant de précision littéraire, de minimalisme et de puissance émotionnelle.

Chez Actes-Sud, Eric Vuillard nous raconte l’histoire de Buffalo Bill dans « Tristesse de la terre ». En mettant en scène la conquête de l’Ouest, William Cody a posé pour le grand public tous les grands mythes américains. Mais il a aussi, caché une réalité beaucoup plus noire, faite du mépris de la nature et des premiers habitants, les Indiens, réduits à une caricature. Ce beau roman pose la question de fond qui nous concerne au premier chef : toute société n’est-elle pas un spectacle ?

 

JEAN-LUC AUBARBIER.

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