SOUS L’OCCUPATION.
Le Tour des Livres.
Avec « Un été de trahison », paru chez Seuil, Romain Slocombe délaisse l’inspecteur Sadorski sans pour autant changer d’époque. Dans l’espace de huit jours, au cours du mois de juillet 1940, il dresse le portrait de quatre femmes qui réagissent aux évènements tragiques que le pays vient de vivre. Leurs destins se croisent dans l’hôpital américain de Neuilly, au lendemain de la débâcle. Aviatrice et aventurière, Gabrielle a été blessée. On ne peut pas dire que la démocratie lui manque : elle et son amant sont plutôt du coté des fascistes. Gisèle, l’infirmière qui la soigne, appartient au parti communiste clandestin. Elle a du mal à suivre la ligne sinueuse du Parti qui a signé le pacte germano-soviétique. Jacqueline (déjà rencontré dans les « exploits » de Sadorski) est une étudiante gaulliste et sans peur. Sa tante, Marie-Louise, dont le mari a été tué pendant la débâcle, cherche un « protecteur » de préférence bien vu à Vichy. Entre Paris, encore déserté par ses habitants, mais qui grouille déjà d’Allemands, la campagne normande où l’on s’en sort mieux, et le petit monde artificiel de Vichy, les personnages bougent comme sur un théâtre, dans une France qui ne sait pas du tout où elle va. Un roman à lire en parallèle avec « L’étrange défaite » que Marc Bloch rédige dans le même temps.
Avec « Le diable rit avec nous » paru chez Récamier, Xavier-Marie Bonnot retrace le destin de ces hommes engagés dans l’armée allemande pour combattre le bolchévisme, et qui se retrouvent, après 1945, dans la légion étrangère, à combattre pour la France en Indochine. Le narrateur découvre dans les affaires de son grand-père Emile, officier supérieur en Indochine, une photo où figure un inconnu qu’il identifie comme Charles Morin, un ancien S.S. français de la division Charlemagne. Comment en est-il arrivé là ? Soldat en 1940, il a le sentiment d’avoir été trahi par les communistes après le pacte germano-soviétique, et par les Anglais après Mers-el-Kébir. S’engager contre Staline lui semble la meilleure solution. Mais quel lien attache réellement Charles et Emile?
C’est aussi une histoire de grand-père qui anime Benjamin Fogel, auteur, chez Gallimard, de « Les évadés du convoi 53 ». En mars 1943, un convoi de mille Juifs déportés quitte Drancy pour Sobibor. Ils vont être treize, dont Paul Fogel le grand-père de Benjamin, à parvenir à s’échapper en perçant le plancher du wagon. Des tentatives échouent, une seule réussit. Certains vont survivre, d’autres non. L’auteur reconstitue la personnalité de chacun de ces hommes, celui du meneur, Sylvain Kaufmann, sans qui aucun n’aurait survécu, ceux qui hésitent, qui renoncent, qui se décident au dernier moment. Une histoire vraie, poignante, indispensable pour notre mémoire.
Chez le même éditeur, Pierre Péju nous propose « Echappées », inspiré par l’histoire de sa famille (son père et sa mère ont combattu dans la Résistance). Lorsque les siens sont arrêtés, Stella, une petite fille juive de 8 ans, se cache dans une malle. Les hasards du transport vont faire qu’elle sera découverte par le patron de l’entreprise de déménagement, chef d’un réseau de patriotes.
Jean-Luc Aubarbier.



Dédicace à Saint-Geniès, 14 novembre 2026. Article suivant
Courrier français du 30 octobre 2026.