N’est pas Maigret qui veut.
Le Tour des Livres.
Depuis « La petite femelle » puis « La serpe » où il s’attaquait au crime périgourdin d’Escoire , Philippe Jaenada a mis au point une forme d’écriture qui plait au lecteur : un fait divers mal élucidé, une nouvelle enquête menée par l’auteur qui, à la fois, se met en scène et nous fait découvrir une époque et un lieu. Avec « L’inconnue du quai de Javel » paru chez Flammarion, il nous remet en mémoire l’assassinat, en septembre 1949, de Louise Cansot, le modèle le plus demandé des peintres de Montparnasse, dont le corps est retrouvé quai de Javel, à Paris. C’est le sous-préfet Jablon en personne qui l’a découvert au petit matin. Elle n’a ni sac ni chaussures et a visiblement été rhabillée à la hâte. Femme entretenue, mais qui se veut libre, belle et intelligente à la fois, elle semble avoir sombré dans une déchéance alcoolique. Peut-être était-elle enceinte. En examinant les quatre suspects possibles, dont Claude, son « fiancé » officiel, l’auteur met le doigt sur la misère des femmes qui tombent enceinte sans être mariées, à l’époque où l’avortement est clandestin. Avec l’humour qu’on lui connait, Philippe Jaenada place son enquête sous le signe de Maigret dont il a relu toutes les aventures avant de commencer son écriture. D’ailleurs tout débute par une blanquette de veau impossible à trouver de nos jours à Paris. L’auteur possède l’art de transformer le fait divers en littérature. Philippe Jaenada a reçu le prix Goncourt 2026.
Née à Sarlat, d’un couple franco-coréen, Elisa Shua Dusapin vit en Suisse, mais, après son roman périgourdin « Le vieil incendie », c’est au Proche-Orient qu’elle nous emmène avec « Sauf la frontière » paru chez Zoé. Elle a demandé un an de résidence d’auteur dans cette région passionnante et dangereuse, mais, au retour du salon du livre de Beyrouth, elle est bloquée par la guerre. C’est avec une belle habileté littéraire qu’elle nous raconte son séjour en Jordanie, au Liban, en Israël et dans les territoires palestiniens. Ce n’est pas une expérience humanitaire, mais un projet littéraire basé sur des rencontres humaines. Elle travaille un temps avec les « sages-femmes de l’eau », en Jordanie, où les femmes parviennent à s’emparer d’un domaine habituellement réservé aux hommes. Pour elle, le Proche Orient devient un besoin. Comme ces soldats qui repartent au front, alors qu’ils ont achevé leur tour d’opérations et que rien ne les y obligent, comme ces reporters de guerre qui retournent sur des lieux qui puent la mort, elle repart après avoir échappé au pire. « Je suis encore là-bas » écrite-elle.
Avec « Fils de » paru chez de Borée, Thomas Vernay nous propose un premier roman d’apprentissage, écrit à vif, qui dit la difficulté d’être fils, d’être ami, d’être amoureux, et aussi la beauté de revenir, plus âgé, pour regarder son histoire en face. Thibaut revient dans son village natal pour enterrer son grand-père et retrouve un monde à la fois familier et douloureux.
Avec « Croire au code », paru chez Héloïse d’Ormesson, Sarah Tadlaoui qui a vécu à Bergerac avant de partir pour la Californie, nous offre un roman en forme d’algorithme et de statistiques. L’intelligence artificielle peut-elle être mieux que la sienne propre ? Y a-t-il une poésie 2.0 ?
Jean-Luc Aubarbier.



Salon du livre du VIGNON, 22 novembre 2026. Article suivant