Quelques leçons du passé.
Le Tour des Livres.
L’entrée au Panthéon de Marc Bloch, historien, ancien combattant de 14-18 et de 39 – 40, résistant fusillé par les Allemands le 16 juin 1944, nous impose de relire « L’étrange défaite » (publié chez Folio), cet étrange et prophétique ouvrage qu’il écrivit sur le vif, en 1940, dans sa maison creusoise. Il ne parle pas seulement en historien, mais y livre ses témoignages de soldat. Pourquoi la France a-t-elle disparu en cinq semaines ? Non pas à cause d’armes inférieures (nos chars, nos avions valaient ceux des Allemands), mais à cause de l’esprit de capitulation qui préexistait à la guerre, de notre paralysie administrative, de la trahison des élites, par haine de la République ou de la bourgeoisie. Si la France perd avant même d’avoir tirée un coup de feu, c’est qu’elle est profondément divisée et que personne ne veut faire de sacrifice pour les autres. Ce sera l’admirable travail du général de Gaulle et de Jean Moulin de réunir les Français derrière plus grand qu’eux : la France. Aucune bonne volonté ne sera refusée, il y aura des gens d’extrême-droite et des communistes à Londres et dans la Résistance. Bloch dénonce aussi ce pacifisme qui sera l’assise de la Collaboration, l’incohérence des décisions civiles et militaires, les esprits (y compris scolaire) figés dans leur certitude, l’absence de volonté politique. Lisez Marc Bloch, on pourrait croire qu’il parle de la France d’aujourd’hui.
S’il est un ouvrage qui mériterait d’être réédité, c’est bien « Ecrits de résistance » de Pierre Mendès-France autrefois publié aux éditions du CNRS). Plus jeune député en 1939, il refuse les pleins pouvoirs à Pétain, puis rejoint le général de Gaulle à Londres. Ils ne sont pas très nombreux, les politiciens autour du chef de la France Libre. Mais Mendès-France est jeune, il veut se battre et s’engage dans l’aviation, au sein de l’escadrille Lorraine, comme navigateur-bombardier (en même temps et au même poste que Romain Gary). Il vole sur un bimoteur Douglas Boston et ne bombarde pas l’Allemagne, mais la France. En mission, il vérifie que ses bombes n’ont pas touché les maisons ouvrières, près des usines. Il sait qu’il va tuer des civils, il s’interroge sur le droit de la guerre, mais il dit : il faut le faire. Contrairement à ce qu’on affirme souvent, on ne s’engage pas dans l’armée pour mourir (c’est un risque à courir), mais pour donner la mort. Tel est le problème.
Les Périgourdins Patrick Ranoux et Bernard Reviriego viennent de publier un indispensable « Atlas de la Seconde Guerre Mondiale en Dordogne » aux éditions Pierrefiche. Cartes et textes alternent pour nous faire connaitre les évènements marquants dans notre région, entre 1939 (arrivée des réfugiés) et 1944 (libération). Un ouvrage que l’on doit retrouver dans toutes les demeures périgourdines.
Aux éditions du Ruisseau, Pascale Laguionie-Lagauterie nous propose « Eloge de Suzanne Lacore ». En 1936, Léon Blum nomme Suzanne Lacore, une institutrice d’Ajat, sous-secrétaire d’état chargée de la protection de l’Enfance. Celle que l’on surnomme « la ministre des paysannes » sera à l’origine de plusieurs réformes en faveur de l’enfance défavorisée.
Jean-Luc Aubarbier.



Salon du livre de Felletin (Creuse), 7 août 2026. Article suivant