FOUS DE DIEU.
Le Tour des Livres.
Le Proche-Orient est une jolie pagaille. Rien de mieux qu’un bon livre pour y voir un peu plus clair. Les éditions des Arènes ont publié un remarquable roman graphique intitulé « Histoire de Jérusalem », avec un texte de Vincent Lemire et des dessins de Christophe Gaultier. Un très vieil olivier témoigne de l’histoire de la ville trois fois saintes. Il est là, sur le mont des Oliviers, depuis 4000 ans. L’arbre raconte les premiers habitants, les Jébuséens, depuis longtemps disparus, l’arrivée des Hébreux et la construction du Temple par Salomon. On voit le rôle des Babyloniens, des Perses, des Grecs et des Romains. L’émergence des Chrétiens, issus du Judaïsme est une révolution ; celle de l’Islam également. Les rivalités, les mélanges douloureux entre religion et politique ne sont pas cachés. Mais on découvre qu’au milieu des guerres, il y a eu à Jérusalem (la cité de la Paix, étymologiquement) de longs moments d’harmonie où chacun a pu pratiquer librement sa religion. La longue période de l’empire ottoman a vu plusieurs épisodes de paix étagés sur les cinq siècles de domination turque. Le délitement de ce califat a vu le retour des Occidentaux, portés par le romantisme et le colonialisme. En même temps, les Juifs du monde entier ont entamé un retour en Terre Promise. Les intérêts des uns et des autres ont été difficilement préservés, mais une concorde persistait. Il est dommage que l’ouvrage soit un peu faible sur la période plus récente, de 1930 à nos jours, mais sa lecture nous remplit d’espoir.
C’est un ouvrage étrange et passionnant que nous propose le journaliste espagnol Javier Cercas avec « Le Fou de Dieu au bout du monde », publié chez Actes Sud. Il est athée, anticlérical même, laïc militant, et il est choisi par le Vatican pour accompagner le pape François dans son voyage en Mongolie, avec une totale liberté d’écriture. Athée ? Sûrement, mais le doute subsiste. La seule question qui l’intéresse vraiment est d’ordre métaphysique : la résurrection de la chair et la vie éternelle sont-elles une réalité pour le souverain pontife ? Car la mère de Javier, femme à la foi simple et ardente, veut savoir si elle retrouvera dans l’au-delà son mari disparu et tant aimé. L’ouvrage permet de mieux appréhender la personnalité de François, pape argentin et disciple de François d’Assise, le fou de Dieu.
Chercheur à l’université Bordeaux-Montaigne, Enzo Godinot publie aux éditions du Cerf « Pyrrhon, naissance du scepticisme ». Tous les lecteurs de Montaigne apprécieront cet ouvrage, le génial philosophe s’étant déclaré pyrrhonien, après avoir été stoïcien et épicurien. Il prône un scepticisme final sans abandonner pour autant ses deux premiers choix. Contemporain d’Aristote et du règne d’Alexandre le grand, il développe une pensée peut-être influencée par l’Inde. Son idée de l’impossibilité de connaitre tout à fait les choses porte à la tolérance.
Chez Folio Histoire, Olivier Bouquet nous propose « Pourquoi l’empire ottoman ? ». On connait mal, au final, cette grande culture turque qui s’implanta sur trois continents et s’efforça d’y faire régner la concorde.
Jean-Luc Aubarbier.



Le Courrier Français du 6 février 2026. Article suivant