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by • 28 mars 2021 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor Sarladais du 26 mars 2021.169

Essor Sarladais du 26 mars 2021.

Le Pacte d’Abraham.

Le Tour des Livres.

    Roman puissant et fondamental que nous livre Boualem Sansal, avec « Abraham ou La Cinquième Alliance » paru chez Gallimard. Toujours épris de paix et de la quête de nos racines, l’auteur algérien imagine un nouvel Abram (tel est le nom d’Abraham avant sa rencontre avec Dieu aux chênes de Mamré) qui, en 1916, va parcourir le Proche-Orient à la recherche d’un nouveau commandement. « Abraham quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père et va au pays que je te montrerai » a dit Iavhé à celui qui représente le patrimoine commun des juifs, des chrétiens et des musulmans. D’Irak jusqu’en Egypte, en passant par la Palestine, le nouvel Abram parcoure une région dévorée par la guerre menée par les Occidentaux contre les Turcs. L’ancien colonisateur est vaincu, mais de nouveaux maîtres s’installent. Rien ne changera jusqu’à la second guerre mondiale, puis jusqu’à nos jours, dans une région dévorée par la violence. Boualem Sansal use de l’emphase biblique appliquée à l’époque moderne, pour nous rappeler que la première Alliance est aussi la dernière. Un nouveau prophète, comme Abram, peut cumuler les paroles de Moïse, Jésus et Mahomet, et considérer que la terre entière est une Terre Promise. 

Le Pacte d’Abraham est le nom d’un accord récent qui unit les Etats-Unis, Israël, l’Arabie Saoudite et plusieurs états sunnites, contre l’Iran et les Frères Musulmans. Spécialiste de l’islam, Gilles Kepel nous en livre les secrets dans son essai « Le Prophète et la Pandémie », paru chez Gallimard. « L’axe fréro-chiite » comme l’auteur le nomme, rassemble autour des révolutionnaires iraniens, la Turquie, le Qatar, Gaza et le Hezbollah libanais, divers pays qui sont dirigés par la dangereuse secte des frères musulmans. Créée en 1928 en Egypte par Hassan al-Banah (grand-père de Tariq Ramadan), elle a pour but la domination du monde par un islam radical et a réussi, en 1937, avec l’aide des nazis, un rapprochement militaire entre les deux branches de l’islam. Les attentats islamiques en Occident et ailleurs, sont portés par cette idéologie. Par ailleurs, les éditions de poche Folio publient, du même auteur, « Sortir du chaos », un essai fondamental sur les conséquences de la victoire militaire sur Daesh.

La grande historienne Mireille Hadas-Lebel rend justice à un courant du judaïsme méprisé dans son essai « Les Pharisiens » paru chez Albin Michel. Il est d’usage, dans la culture chrétienne, de mettre dans le même sac sadducéens (les hommes du Temple) et pharisiens. Or, si les premiers (qui constituaient la noblesse et collaboraient avec l’occupant romain) sont bien complices de sa mort, les seconds n’ont jamais été maudits par Jésus. Bien au contraire, celui-ci s’est contenté de condamner les faux pharisiens, les Tartuffe qui faisaient semblant d’être pieux, mais se plongeaient dans le pêché d’une vie « à la romaine ». De part ses propos, Jésus, ou au moins sa famille, appartenaient probablement à cette classe religieuse qui voulait rendre à César ce qui était à César (parole qui donnera naissance à notre laïcité).

Je ne peux conclure cette chronique sans rappeler l’excellent livre « Abraham, une voix de paix au Moyen-Orient » (Edilivre), rédigé par Marc Fouquet. Un texte à trois voix (chrétienne, juive et musulmane), pour tenter d’unir les religions du livre derrière leur père commun.

                                                          Jean-Luc Aubarbier.

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