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by • 23 juin 2023 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor Sarladais du 23 juin 2023.277

Essor Sarladais du 23 juin 2023.

GRANDE LITTERATURE.

Le Tour des Livres.

    Pierre Michon n’est pas le plus connu des écrivains français vivants, mais il est incontestablement l’un des meilleurs. L’homme qui vit paisiblement dans la Creuse, évoque ses années périgourdines dans « Les Deux Beune », publié chez Verdier. En 1996, il n’en avait livré que la première partie intitulée « La Grande Beune ». Dans un Périgord partiellement imaginaire, au début des années 60, un jeune instituteur prend son poste à Castelnau, sur les bords de la Beune. Il est fasciné par une femme, Yvonne, qui tient le bureau de tabac. Mais ce n’est pas une histoire d’amour qu’il nous raconte, mais la rencontre avec un très vieux pays, une terre rurale où planent encore les souvenirs de la préhistoire et les forces obscures de la nature. Les personnages, Jean le pêcheur, Jean-Jean, sont profondément ancrés dans cette glaise originelle où la magie n’est pas absente. La femme moderne s’y confond avec la Vénus maternelle et féconde. Le pays s’accouche de lui-même. Pierre Michon, c’est un style somptueux et poétique, une langue qui n’appartient qu’à lui.

« Londres » est le deuxième inédit de Céline que publient les éditions Gallimard. La suite de « Guerre », qui sentait un peu l’inachevé, est une heureuse surprise. Attention, chef d’œuvre ! Ferdinand a déserté les tranchées et s’est réfugié à Londres où il survit dans les bas-fonds, au milieu des prostituées et des escrocs. Ici, comme dans les meilleurs Céline, pas de gentils, pas de futur. Le livre est un manuel de survie à l’usage des déserteurs, une farce grinçante sur l’inhumanité du monde. Ferdinand s’est éloigné de la violence de la guerre, il découvre la violence des hommes entre eux, et des hommes sur les femmes. Le tout avec le style inimitable de Céline : « On a sa poésie quand même, du moment qu’on vit encore. La mienne elle est forte. Elle est plus violente que la mort en somme. »

« Le Docteur Jivago » de Boris Pasternak est l’un des trois grands romans parus sur l’Union Soviétique, avec « Vie et Destin » de Vassili Grossman, achevé en 1947 mais paru seulement en 1980 en Europe, et « Une journée d’Yvan Denissovitch » d’Alexandre Soljenitsyne, le seul publié en URSS en 1962, avant le feu d’artifice de « L’Archipel du Goulag » et la chute du régime.  Achevé en 1955, « Jivago » avait été traduit à la va-vite, pour une publication en Occident. Le roman méritait une nouvelle traduction, plus juste et qui mettrait en valeur le style magnifique de l’auteur. Les éditions Gallimard ont désigné Hélène Henry pour accompli ce remarquable travail. Le prix Nobel de littérature s’y révèle entre Dostoïevski, pour son approche de la déchéance de l’être humain et de sa rédemption, et Tolstoï pour son ampleur historique, géographique et métaphysique. En Occident, son roman est surtout connu par la superbe adaptation cinématographique de David Lean (la première partie du film est assez fidèle au roman). Lara (Julie Christie) et ses trois amants : Jivago (Omar Sharif), Komarovski  (Rod Steiger) et Strelnikov (Tom Courtenay) ballotés par la révolution bolchévik y sont parfaits.

Les mêmes éditions Gallimard, dans la collection Tel, rééditent la remarquable étude de Jean Starobinski intitulé « Montaigne en mouvement ». La pensée du philosophe qui se réclamait du Périgord y est parfaitement décrite, « à sauts et à gambades », comme son corps.

                                                                                Jean-Luc  Aubarbier. 

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