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by • 15 décembre 2022 • Mes chroniques littérairesCommentaires fermés sur Essor Sarladais du 16 décembre 2022.120

Essor Sarladais du 16 décembre 2022.

PRIX GONCOURT.

Le Tour des Livres.

Le prix Goncourt 2022 a été attribué à Brigitte Giraud pour un roman autobiographique et original : « Vivre Vite » édité chez Flammarion. Il y a vingt ans, Claude, son mari, s’est tué en pilotant une moto. Rien n’est oublié et, vingt ans plus tard, elle doit vendre cette maison, nœud de l’histoire, qu’ils avaient choisie ensemble, et qu’il n’a pas eu le temps d’habiter. Comme dans le film d’Edouard Molinaro « L’ironie du sort », elle envisage tous les instants qui auraient pu empêcher le destin funeste de s’accomplir. S’ils n’avaient pas acheté cette maison, si son frère n’avait pas acquis cette moto dangereuse, si les réunions familiales, ou les rendez-vous professionnels s’étaient déroulés autrement, si le constructeur japonais n’avait pas mis en vente ce bolide, etc, etc. Cela pourrait être fastidieux, cela devient passionnant. A travers ces « Si », ces choix judicieux ou non, apparait toute une époque. Cette fin du vingtième siècle pouvait encore paraitre heureuse, insouciante. C’était oublier que vivre est dangereux.

Le Périgourdin Gilles Langlois vient de faire paraitre aux éditions Maïa « Claudia par amour », un roman très fin sur un sujet difficile. Philippe, le narrateur, mène une vie monotone quand il rencontre Claudia, une femme étrange et extraordinairement belle qui marque une distance tout en étant manifestement attiré par lui. Elle finira par céder, mais devra pour cela révéler un secret insoupçonné. Dans un style fin, poétique et délicat, Gilles Langlois aborde le thème de l’identité et du genre. Qu’aimons-nous quand nous aimons ? Un sentiment ? Une image ? Un désir ? Un corps ? Sans parler du regard porté par l’entourage familial et professionnel. Narrée sur fond de manifestations de Gilets Jaunes, cette histoire montre que les sentiments peuvent être aussi violents que la société.

Bien connu comme spécialiste de l’islam, Gilles Kepel raconte, dans « Enfant de Bohême », édité chez Gallimard, l’histoire de son père, Milan,  et de son grand-père Rodolphe. Ce dernier a débarqué dans le Paris de la Belle époque, amoureux de la France sans la connaitre. Il est tchèque, membre de l’empire Austro-Hongrois. Son ascendance forestière (son père était garde-chasse) le hante encore et le sanglier est pour lui comme un blason. Passionné par les lettres, il est le traducteur d’Apollinaire. Le livre est écrit à la deuxième personne, un « Tu » qui honore ce père, Milan, dont le souvenir berce l’auteur. Gilles Kepel révèle un style élégant, précieux, usant d’un vocabulaire suranné qui rend justice à une époque et à des pays disparus. 

Chez Quai Voltaire, l’italienne Nadia Busato publie « Padania blues ». Dans la plaine du Pô, Barbara travaille dans un salon de coiffure. Elle aimerait être autre chose. Elle a bien conscience de la misère morale dans laquelle elle a grandie : une mère qui baisse toujours la tête, un père volage et raté, un amant homosexuel qui ne s’intéresse pas à elle. Elle a pourtant des ambitions, comme des rêves de souris. A moins qu’elle n’ait le courage de fuir, de faire table rase de son passé.

                                                                          Jean-Luc Aubarbier.

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